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Date : lun. 18 janvier 2010 15:05:16 Sujet : Le projet de béatification de Pie XII
Bonjour,

Je sors de la lecture du blog "Koztoujours" qui essaie, documents historiques à l'appui, de rendre justice à la politique de Pie XII et du Vatican pendant la 2e guerre mondiale.
Il vaut la peine de souligner le travail de ce rédacteur, "Koz", car il est long et complet, et cela permet de reconstituer, loin de toute idéologie, ce qu'a pu être l'action du pape envers l'Holocauste. Il faut en effet faire ce travail de compréhension historique, car sans cela on succombe vite aux idées toutes faites.

Ce qui m'a frappé c'est d'abord l'étau dans lequel Pie XII, très lucide, était enfermé: s'il parlait trop fort, de façon trop clairement dénonciatrice, il savait qu'il envoyait à la mort des quantités de gens, par représailles. S'il se taisait, il faillissait à sa mission de vicaire du Christ. Les autorités allemandes n'attendaient que ce genre de paroles pour pouvoir élargir leurs exécutions. Mais il y a parler et parler; il y se taire et se taire.

On a tendance à penser aujourd'hui que la parole de dénonciation publique est toute-puissante, que la médiatisation comporte systématiquement sa vérité, et que celle-ci est plus forte que le mal qu'elle dénonce, car lui préfère se cacher. C'est en partie vrai, mais en temps de guerre, les paroles pesaient très lourd, et comme le disait Pie XII, "le martyre ne se décrète pas à Rome": ce n'était pas à lui de jeter des hommes et des femmes, simplement par ses paroles, devant les révolvers des nazis. Par ailleurs, dans le bouleversement moral de l'Allemagne nazie, la vérité morale élémentaire était au mieux mise au second plan, au pire combattue sauvagement comme émanant de la "morale d'esclave" que les aryens devaient fouler aux pieds. Dans ces conditions, ne fallait-il pas faire attention en proclamant publiquement une vision morale de l'humanité dont les termes allaient (suprême scandale) tuer d'innocentes victimes supplémentaires?

Donc, en condamnant Pie XII pour son silence, on ignore peut-être ce qu'aurait causé ses paroles de dénonciation (que l'on voudrait qu'il ait dites au nom d'une justice et d'une humanité universelle, mais décontextualisée) dans les populations innocentes que la botte des envahisseurs du IIIe Reich pouvait si facilement écraser. Le blog de Koztoujours mentionne un historien juif qui estime que le Pape aurait peut-être permis de sauver 800 000 juifs du fait de son action directe et indirecte pendant la guerre. Quel discours teindrait-on aujourd'hui vis à vis de ce pape si le nombre de morts dans les camps étaient de 7 millions au lieu de 6? Déclarerait-on cela de peu d'importance si de fait il avait risqué une parole de dénonciation, faisant fi des représailles qui allaient suivre? Malheureusement, je pense que oui. Aujourd'hui, on se soucie peu que le chiffre de l'holocauste ait pu être 6 ou 7 millions. L'honneur de Pie XII est peut-être dans le refus d'une telle approximation.

En ce qui concerne les paroles que Pie XII a pu prononcer, le blog étudie de près l'influence qu'il faisait passer par l'intermédiaire de Radio-Vatican. Ceci est important, car cela met l'accent sur la catégorie d'intermédiaire, au détriment de celle (que l'on favorise plutôt aujourd'hui), du "direct". Une voix entendue "en direct" est perçue comme plus "vraie" qu'une voix rapportée ou médiatisée par un canal tiers. Et de fait, c'est souvent exact. Mais qui ne voit que, dans ces circonstances où la folie des hommes avait inversé toutes valeurs, le passage par une voix intermédiaire avait peut-être plus de chances de réussir, là où le direct risquait de n'être compris que comme une provocation et entraîner des milliers de morts?

Voici un élément de la conclusion : "Pie XII a choisi l'action, vis-à-vis des pays auprès desquelles elle était encore possible. Il s'est exprimé, a transmis ses instructions sans ambiguïté. Son opposition était connue des européens, pour autant que les techniques de communication de l'époque, et la censure des régimes en place, le permettaient. Le Saint-Siège s'est efforcé, sans relâchement, de venir en aide aux Juifs, durant une période où bien peu se souciaient d'eux. Si les Alliés avaient élevé leur protestation, le 17 décembre 1942, pour eux, le problème devait trouver sa solution dans la victoire finale. Il a effectivement donné l'ordre direct d'accueillir des Juifs, est intervenu personnellement afin d'appeler les régimes slovaques ou hongrois à cesser les déportations."



1 modifications. Plus récente: 18/01/10 15:25 par pierre.

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