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Date : lun. 5 décembre 2011 00:05:48
Sujet : L'accueil de l'étranger: jusqu'où?
Bonjour à tous,
Le thème de notre prochain café théologique, qui aura lieu mercredi 7 décembre à 17h30, au café Saint-Saëns (120, rue du général Leclerc à Rouen), sera :
« L’accueil de l’étranger : jusqu’où ? »
Le référent sera Jean-Louis Tamarelle, diacre et aumônier-visiteur de prison.
Nous connaissons tous la fameuse répartie de Michel Rocard : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais elle doit en prendre sa part. » Mais justement, quelle part ? Qui définit ce qu’une part acceptable et souhaitable pourrait être ? Depuis trente ans au moins, le paysage politique ressasse cette lancinante question de l’immigration. Comment nous situons-nous dans ce débat, à la fois au niveau personnel, mais aussi social, politique et religieux ? Que veut dire dans ce contexte la notion de seuil de tolérance ? Et le mot « étranger », comment l’utilisons-nous ? Si le racisme semble universellement condamnable, l’antiracisme est-il toujours bien-intentionné ? Comment la foi en Jésus-Christ, l’étranger par excellence (Mat 25,35) change-t-elle la donne ? Autant de questions, parmi d’autres, que vous pourrez évoquer lors de ce café théologique qui essaiera de garder la tête froide face à ce sujet brûlant.
Amicalement,
Le modérateur
Le thème de notre prochain café théologique, qui aura lieu mercredi 7 décembre à 17h30, au café Saint-Saëns (120, rue du général Leclerc à Rouen), sera :
« L’accueil de l’étranger : jusqu’où ? »
Le référent sera Jean-Louis Tamarelle, diacre et aumônier-visiteur de prison.
Nous connaissons tous la fameuse répartie de Michel Rocard : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais elle doit en prendre sa part. » Mais justement, quelle part ? Qui définit ce qu’une part acceptable et souhaitable pourrait être ? Depuis trente ans au moins, le paysage politique ressasse cette lancinante question de l’immigration. Comment nous situons-nous dans ce débat, à la fois au niveau personnel, mais aussi social, politique et religieux ? Que veut dire dans ce contexte la notion de seuil de tolérance ? Et le mot « étranger », comment l’utilisons-nous ? Si le racisme semble universellement condamnable, l’antiracisme est-il toujours bien-intentionné ? Comment la foi en Jésus-Christ, l’étranger par excellence (Mat 25,35) change-t-elle la donne ? Autant de questions, parmi d’autres, que vous pourrez évoquer lors de ce café théologique qui essaiera de garder la tête froide face à ce sujet brûlant.
Amicalement,
Le modérateur
Date : mer. 7 décembre 2011 23:22:19
Sujet : Re: L'accueil de l'étranger: jusqu'où?
Bonsoir,
Certaines personnes m'ayant demandé un compte-rendu de la séance du Café de ce soir, voici quelques remarques: une salle bien pleine, environ 50 personnes.
Le sujet a été traité sur le mode de la réflexion mais aussi des témoignages, et assez vite des interventions ont mis en avant le problème central contenu dans la question: oui bien sûr pour l'accueil de l'étranger, car c'est l'honneur d'une communauté que de bien recevoir un étranger (témoignage d'un participant togolais) mais attention à ne pas oublier la "saine" prudence, car certains "accueillis" pourraient en profiter. On doit faire attention, et éventuellement vérifier à qui on a affaire avant de le transformer en "étranger" digne de l'hospitalité qui lui est due.
On s'accorde à dire que c'est la différence de culture et de religion, autant sinon plus que d'apparence physique, qui pose problème (mariage inter-culturels par exemple)
Des voix s'élèvent pour demander si Jésus aurait "trié" ceux qui venaient s'adresser à lui en usant de cet esprit de prudence, voire de précaution. N'y-t-il pas un élément normal de risque dans toute initiative d'accueil? Mais que faire quand on vous prend votre bien? Cf. dans Les Misérables l'exemple de l'évêque qui accueille Jean Valjean en lui laissant prendre ses chandeliers. C'est parce qu'il les lui a donnés, parce qu'il s'est laissé dépouiller, que l'accueil a été compris comme authentique.
D'autres personnes soulignent la nécessité du long terme, de la rencontre et du dialogue: sans cela, peut-on vraiment parler d'accueil? C'est la peur, et le discours d'exclusion entretenu par la peur, qui frappe les esprits et fait circuler les préjugés. Le dialogue dénoue bien des appréhensions mutuelles.
Notre référent, qui est professeur de biologie, rappelle que certes chez un individu sain, il y a rejet des corps étrangers. La santé suppose ce fonctionnement (cela dit, on ne saurait le transposer au plan des comportements, sous prétexte que parce que c'est naturel, cela doit servir de modèle pour les relations humaines). Mais ceci n'est pas le seul fonctionnement: dans le corps: il y a des symbioses, des associations entre des éléments étrangers présents en nous, comme des virus, qui ont pu s'intégrer au génome, nous construisant ainsi comme homo sapiens sapiens. (Cf. l'allégorie paulinienne de l'humanité en Christ comme un grand corps, où tous les membres, différents, ont leur place: les étrangers ne sont-ils pas pour chacun comme d'autres membres, d'autres organes de ce grand corps humain, habité par l'Esprit du Christ?)
Jean-Louis a aussi rappelé à quel point la politique et le discours actuel de l'immigration en France est construit sur une illusion d'un (trop)plein qui n'est pas exact dans les faits. La France accueille beaucoup moins d'étrangers que l'Espagne, la Suède, le Royaume Uni ou l'Allemagne. Là encore, on fait peur en maintenant une fausse représentation de l'immigration dans notre pays.
Enfin, il a évoqué trois cas concrets de prisonniers dont la situation concernant leur accueil en France va du rocambolesque au franchement scandaleux, en passant par l'absurde. Telle personne emprisonnée, par exemple, qui perd son titre de séjour parce qu'elle se voir infligée une peine de prison, et qui ne peut sortir en liberté provisoire parce qu'elle n'a pas de titre de séjour... Il est clair que ces personnes ont besoin d'un accompagnement lors de démarches juridiques ou administratives car la situation en France en ce moment n'est pas propice à un accueil digne et respectueux de leur liberté et de leur humanité. La défense des droits des étrangers passe par un engagement à leur côté, qui contient évidemment des risques, mais que vaut (évangéliquement parlant) l'accueil de personnes qui nous ressemblent? Ne sont-elles pas déjà accueillies, déjà intégrées? Le véritable accueil n'est-il pas, positivement, celui des personnes qui sont en dehors de la société, et qui frappent à la porte pour y rentrer?
Certaines personnes m'ayant demandé un compte-rendu de la séance du Café de ce soir, voici quelques remarques: une salle bien pleine, environ 50 personnes.
Le sujet a été traité sur le mode de la réflexion mais aussi des témoignages, et assez vite des interventions ont mis en avant le problème central contenu dans la question: oui bien sûr pour l'accueil de l'étranger, car c'est l'honneur d'une communauté que de bien recevoir un étranger (témoignage d'un participant togolais) mais attention à ne pas oublier la "saine" prudence, car certains "accueillis" pourraient en profiter. On doit faire attention, et éventuellement vérifier à qui on a affaire avant de le transformer en "étranger" digne de l'hospitalité qui lui est due.
On s'accorde à dire que c'est la différence de culture et de religion, autant sinon plus que d'apparence physique, qui pose problème (mariage inter-culturels par exemple)
Des voix s'élèvent pour demander si Jésus aurait "trié" ceux qui venaient s'adresser à lui en usant de cet esprit de prudence, voire de précaution. N'y-t-il pas un élément normal de risque dans toute initiative d'accueil? Mais que faire quand on vous prend votre bien? Cf. dans Les Misérables l'exemple de l'évêque qui accueille Jean Valjean en lui laissant prendre ses chandeliers. C'est parce qu'il les lui a donnés, parce qu'il s'est laissé dépouiller, que l'accueil a été compris comme authentique.
D'autres personnes soulignent la nécessité du long terme, de la rencontre et du dialogue: sans cela, peut-on vraiment parler d'accueil? C'est la peur, et le discours d'exclusion entretenu par la peur, qui frappe les esprits et fait circuler les préjugés. Le dialogue dénoue bien des appréhensions mutuelles.
Notre référent, qui est professeur de biologie, rappelle que certes chez un individu sain, il y a rejet des corps étrangers. La santé suppose ce fonctionnement (cela dit, on ne saurait le transposer au plan des comportements, sous prétexte que parce que c'est naturel, cela doit servir de modèle pour les relations humaines). Mais ceci n'est pas le seul fonctionnement: dans le corps: il y a des symbioses, des associations entre des éléments étrangers présents en nous, comme des virus, qui ont pu s'intégrer au génome, nous construisant ainsi comme homo sapiens sapiens. (Cf. l'allégorie paulinienne de l'humanité en Christ comme un grand corps, où tous les membres, différents, ont leur place: les étrangers ne sont-ils pas pour chacun comme d'autres membres, d'autres organes de ce grand corps humain, habité par l'Esprit du Christ?)
Jean-Louis a aussi rappelé à quel point la politique et le discours actuel de l'immigration en France est construit sur une illusion d'un (trop)plein qui n'est pas exact dans les faits. La France accueille beaucoup moins d'étrangers que l'Espagne, la Suède, le Royaume Uni ou l'Allemagne. Là encore, on fait peur en maintenant une fausse représentation de l'immigration dans notre pays.
Enfin, il a évoqué trois cas concrets de prisonniers dont la situation concernant leur accueil en France va du rocambolesque au franchement scandaleux, en passant par l'absurde. Telle personne emprisonnée, par exemple, qui perd son titre de séjour parce qu'elle se voir infligée une peine de prison, et qui ne peut sortir en liberté provisoire parce qu'elle n'a pas de titre de séjour... Il est clair que ces personnes ont besoin d'un accompagnement lors de démarches juridiques ou administratives car la situation en France en ce moment n'est pas propice à un accueil digne et respectueux de leur liberté et de leur humanité. La défense des droits des étrangers passe par un engagement à leur côté, qui contient évidemment des risques, mais que vaut (évangéliquement parlant) l'accueil de personnes qui nous ressemblent? Ne sont-elles pas déjà accueillies, déjà intégrées? Le véritable accueil n'est-il pas, positivement, celui des personnes qui sont en dehors de la société, et qui frappent à la porte pour y rentrer?
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