Communiqué de l’archevêque de Rouen après la mise en examen du père Bernard Lecoquierre

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 Communiqué de l’archevêque de Rouen

Ce jour, le père Bernard Lecoquierre, 73 ans, est mis en examen pour viol et pour agression sexuelle sur mineur de moins de 15 ans par personne ayant autorité.

C’est avec une infinie tristesse que l’archevêque de Rouen a appris mardi la garde à vue, lui-même étant convoqué pour être auditionné. Sa première pensée va aux personnes qui seraient victimes d’agissements inqualifiables et encore plus scandaleux de la part d’un prêtre, et dont les effets très destructeurs sont connus.

L’archevêque a remis tous les éléments en sa possession pouvant éclairer les enquêteurs. Il a signifié au père Bernard Lecoquierre qu’il était suspendu, c’est-à-dire qu’il ne pouvait plus exercer son ministère jusqu’à ce que la lumière soit faite. Pour cela, l’archevêque fait confiance à la justice. Il s’en suivra ensuite une procédure ecclésiale.

Jésus dit qu’il y a des démons que seuls le jeûne et la prière peuvent expulser. Tel est ce que l’archevêque voudrait rappeler aux fidèles, aux diacres et aux prêtres catholiques.

Rouen, le 16 février 2017.

Contact : Eric de La Bourdonnaye au 06 63 75 63 84.

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Homélie de Mgr Dominique Lebrun le dimanche 19 février en l’église Notre-Dame de Yerville

Après la mise en examen du Père Bernard Lecoquierre, l’archevêque a tenu à célébrer la messe à 8h30 à la cathédrale à la place de celui-ci, puis à 11h à Yerville, dans la paroisse dont le Père Lecoquierre était curé jusqu’en 2014

Lectures de la messe du septième dimanche du temps ordinaire : lecture du livre des Lévites (19, 1-2.17-18) ; psaume 102 ; lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1 Co 3, 16-23) ; Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (5, 38-48)

 Homélie

Frères et sœurs,

Comme j’ai eu l’occasion de le dire, je suis partagé entre un profond sentiment de honte et de culpabilité, et un sentiment de trahison et de colère, à cause de notre frère Bernard Lecoquierre : des mains consacrées pour offrir le sacrifice et donner la miséricorde ont détruit l’innocence d’enfants et de jeunes, dit le Pape François à propos de tels comportements.

Résonne alors de manière particulière la Parole de Dieu que nous venons d’entendre.

Le livre des Lévites retranscrit l’appel inlassable de Dieu, et sa confiance : « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint » (Lv 19, 2). Arriverons-nous à entendre cet appel ? Nous supplions Dieu de nous en garder l’espérance. Jésus nous montre le chemin et nous invite à le suivre sur la montagne.

Le livre des lévitiques ajoute une conséquence : « Tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur. Mais tu devras réprimander ton compatriote, et tu ne toléreras pas la faute qui est en lui » (Lv 19, 17). Je demande à Dieu de me préserver des sentiments de colère à l’égard du Père Lecoquierre ; pour vous, je demande à Dieu la grâce de garder ce qu’il a fait de bon et de bien avec vous et pour vous, sans tolérer quoi que ce soit de ses mauvais actes. Il est aujourd’hui privé de l’exercice de son ministère en attendant une décision définitive. Nous savons que nous ne pouvons plus tolérer parmi les prêtres le moindre de ces agissements pervers.

Les victimes sont notre première préoccupation, car toute personne humaine est sacrée. Saint Paul l’affirme, déjà en interrogeant la communauté de Corinthe :

« Frères, ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un détruit le sanctuaire de  Dieu, cet homme, Dieu le détruira, car le sanctuaire de Dieu est saint, et ce sanctuaire, c’est vous » (1 Co 3, 16-17).

Nous confions les victimes, « sanctuaires de Dieu » souillés, détruits. Nous les confions à Dieu qui « guérit de toute maladie » dit le psaume (102, 3). Mais nous voulons aussi nous engager pour que, plus jamais, de telles choses n’arrivent. La meilleure guérison est la prévention. De nouvelles vigilances ou enseignements sont mis en place dans nos écoles, dans nos paroisses, dans nos séminaires.

Frères et sœurs, l’humilité est le seul chemin qui conduise à la sainteté. En ce jour, nous voulons rendre grâce avec une joie profonde pour ceux et celles qui ont emprunté ce chemin à la suite de Jésus. Ces jours-ci, avec beaucoup de délicatesse, des personnes ont évoqué auprès de moi le Père Jacques Hamel, le vrai modèle.

Hier, je pensais plus particulièrement à sainte Bernadette dont nous faisions mémoire, la « petite » Bernadette. La Vierge Marie lui demandait de prier, surtout pour les pécheurs et de faire pénitence. Un jour, Marie lui demande de se baisser vers la terre … et de boire. Bernadette gratte le sol et c’est d’abord de la boue. Elle essaie d’en boire mais recrache la boue. Ce n’est qu’en grattant à nouveau à travers la boue que l’eau claire apparait.

J’ai le sentiment d’être à terre, dans la boue, mais que l’eau claire n’est pas loin. Ayons confiance dans la protection de la Vierge Marie. Prions humblement pour les victimes, pour Bernard, pour toute notre Eglise. Ne nous détournons pas du chemin humble et patient de Jésus. Ne nous laissons pas voler la joie de l’Evangile, celui de la miséricorde.

+ Dominique Lebrun
Archevêque de Rouen.