Vous êtes ici : ACCUEIL -Dimanches et fêtes - Année C -Année liturgique -2013-04-14 : 3e dimanche de Pâques - 3e d. de Pâques, Commentaire C -
3e dimanche de Pâques
Commentaire

Manifestation de Jésus sur les bords du Lac de Tibériade

« Dieu au cœur de notre action »

JPEG - 47.1 ko
Duccio di Buoninsegna. L’Apparition de Jésus aux disciples sur le Lac de Tibériade. Maesta. Sienne.

La dernière apparition du Christ après sa résurrection a lieu au bord du lac de Tibériade (Jn 21, 1-23).

Depuis quelque temps déjà, le Seigneur n’était pas apparu. Pierre dit aux apôtres : « Je vais à la pêche. » Découragé, il pensait sans doute que sa vie avec le Maître avait été belle et bouleversante, mais passagère. Il lui fallait se résoudre à reprendre le train de la vie quotidienne, son métier de pêcheur. Ses paroles, cependant, peuvent être interprétées d’une autre manière : c’est l’Esprit saint qui incite Pierre à aller pêcher. Et les apôtres de répondre : « Oui, nous allons avec toi. »

Il s’agit d’une inspiration divine, parce que cette dernière apparition du Christ à ses disciples a lieu dans le contexte de leurs occupations et soucis matériels. Jésus veut retrouver ses disciples là où il les avait appelés à le suivre pour la première fois : au bord du lac de Galilée, dans leur activité de pêcheurs. Il veut prendre part à leur travail. Nous avons là un exemple suprême de la collaboration du Seigneur ressuscité avec nous.

« Je vais à la pêche. » Cela signifie : je vais reprendre mon labeur de tous les jours. Après avoir été enlevé à une vie excitante et glorieuse, je vais me consacrer, plus sérieusement qu’auparavant, au travail que le Seigneur m’a donné parmi les hommes. Quelle est notre attitude à l’égard de notre vocation ? Tout métier, du balayeur de rue au théologien, s’il est vécu comme un appel divin et un service rendu aux hommes, est une vocation. Le balayeur de rue, s’il a conscience de travailler pour le monde entier là où le Seigneur l’appelle à sa rencontre, rend service à l’humanité au même titre que le théologien. Beaucoup de personnes font une distinction radicale entre leur vie spirituelle - quand ils en ont une - et leur vie professionnelle. Or l’idéal, c’est que la vie matérielle soit une expression de la vie spirituelle. Ainsi, l’essentiel n’est pas que les apôtres aillent pêcher pour vendre du poisson et se nourrir. L’essentiel, c’est que le Seigneur va les rencontrer au cœur même de leur action.

Pierre, Jean, Jacques et d’autres se rendent donc à la pêche. Mais, dans un premier temps, ils ne trouvent pas de poissons. Le Seigneur vient parmi eux sous une forme humaine, mais ils ne le reconnaissent pas ; on voit ici que le Seigneur non seulement nous suggère d’aller à notre tâche quotidienne, mais il vient également s’y associer. Il leur demande s’ils ont pris quelque chose ; toujours sans se faire connaître, il leur indique où trouver du poisson. Les apôtres suivent ses conseils et ramènent dans leurs filets une multitude de poissons.

Puis, voici que le Seigneur se tient debout près d’un feu. C’est le moment dans notre vie, de où il va se faire reconnaître par les apôtres. C’est le moment où Celui qui n’a jamais cessé d’être présent nous faire des suggestions, de nous guider, va se montrer en pleine lumière devant nous. Jean dit à Pierre : « Mais c’est le Seigneur ! » Peu de mots sont si chargés de sens : « C’est le Seigneur et je ne le savais pas... » Pierre, ému par la parole de Jean, se jette dans la mer et rejoint directement Jésus ; reconnaître le Seigneur dans notre travail, c’est, subitement, élargir notre action à des dimensions infinies. Alors, nous ne pouvons plus rester dans la barque ; nous devons plonger, comme Pierre dans la mer, pour aller vers lui.

Jésus se tient debout devant un feu. Il se fait reconnaître non seulement comme le Seigneur, mais comme le serviteur. Car c’est lui qui a allumé le feu et commencé à faire cuire des pois sons pour les apôtres ; pas ceux des apôtres d’ailleurs, mais ceux de sa propre pêche. Il leur dit : « Joignez vos poissons à ceux-ci et faisons-les cuire. » Les poissons symbolisent les hommes. Ainsi, nous ne devons jamais prétendre penser que nos actions bonnes sont strictement notre fait. Nous pouvons seulement nous joindre à ce que le Seigneur accomplit sans notre intermédiaire.

Jésus leur dit : « Venez et mangez. » Il apparaît donc sous la forme d’un nourricier. Lorsque nous apportons quelque chose au Seigneur, dans la mesure où nous le rejoignons, c’est lui qui devient le donateur.

Toute notre vie pourrait être conçue comme une répétition et une extrapolation de cette scène. Nous allons à la pêche. Nous travaillons avec la certitude d’agir pour Dieu et pour les hommes. Nous réussissons peut-être sur un plan humain. Mais lorsque nous allons vers lui, nous le voyons déjà en train de préparer le feu et le repas pour nous. Le Seigneur nous donne les biens qu’il a apportés en les joignant aux nôtres.

Ces paroles sont les dernières prononcées dans l’Évangile. Elles expriment un don, un don multiplié et manifesté dans la fraction du pain au cours de la Cène, à Emmaüs, et maintenant au bord du lac de Galilée.

Avec le Seigneur, notre vie devient un don.

SOURCE : « Au cœur de la fournaise »
Un moine de l’Église d’Orient (Lev Gillet) ; p. 36-38
Le sel de la terre, Cerf, 1998.