Commentaire de saint Augustin

Traité de saint Augustin sur l’Évangile de Jean
QUE venons-nous d’entendre, mes frères ? Voici que ce temple-là n’était encore qu’une image, et le Seigneur en chasse tous ceux qui y cherchaient leurs intérêts, tous ceux qui y étaient venus au marché. Et pourtant, qu’y vendaient-ils ? Ce dont les hommes avaient besoin pour les sacrifices de ce temps-là. Votre charité le sait, en effet, à cause de son caractère charnel et de son cœur encore de pierre il fut donné à ce peuple des sacrifices qui le retiendraient sur la pente de l’idolâtrie, et ils immolaient en sacrifices dans le temple des bœufs, des brebis et des colombes ; vous le savez parce que vous l’avez lu. Ce n’était donc pas un grand péché que de vendre dans le temple ce qui était acheté pour être offert dans le temple, et pourtant le Seigneur les en a chassés.
LES disciples se souvinrent alors qu’il était écrit : Le zèle de ta maison me dévore, car c’est par le zèle de la maison de Dieu que le Seigneur a chassé du temple ces vendeurs. Mes frères, que chaque chrétien, parmi les membres du Christ, soit dévoré par le zèle de la maison de Dieu. Qui est dévoré par le zèle de la maison de Dieu ? Celui qui fait en sorte que soit corrigé tout ce qu’il peut y voir de mal, désire qu’on y apporte remède, ne prend pas de repos et, s’il ne peut y remédier, supporte et gémit.

Le bon grain n’est pas jeté hors de l’aire, il endure le voisinage de la paille afin d’entrer dans le grenier quand la paille aura été mise à part. Pour toi, tant que tu n’es pas dans le grenier, si tu es un bon grain, veille à ne pas être rejeté de l’aire, de peur d’être ramassé par les oiseaux avant d’être recueilli dans le grenier. Car les oiseaux du ciel, les puissances de l’air, se tiennent aux aguets pour enlever quelque chose de l’aire, mais ils ne s’emparent que de ce qui en a d’abord été rejeté. Que le zèle de la maison de Dieu te dévore donc ; que chaque chrétien soit dévoré par le zèle de la maison de Dieu, de cette maison de Dieu dont il est l’un des membres. Car aucune maison n’est plus véritablement ta maison que celle où tu obtiens le salut éternel. Tu entres dans ta maison pour un repos temporel, tu entres dans la maison de Dieu pour le repos éternel.
Ecoutez donc, mes frères, pour ne pas rester en repos. Je vais vous donner un conseil, ou plutôt que celui qui habite en vous vous le donne, car, même s’il le donne par moi, c’est lui qui le donne. Vous savez ce que, dans votre maison, chacun de vous doit faire avec un ami, un locataire, son client, un supérieur, un inférieur : selon que Dieu vous ménage l’entrée, selon qu’il ouvre la porte à sa parole, ne cessez pas de gagner des âmes au Christ, puisque vous-mêmes vous avez été gagnés par le Christ.
SOURCE : Traité de saint Augustin sur l’Évangile de Jean
Lectionnaire monastique pour le 3ème dimanche de Carême, année B, pp. 339-343.
Éditions Solesmes/Cerf. Paris, 1995.