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Quand j’aurai été élévé de terre, j’attirerai tout le monde à moi

Année B - 4e dimanche de Carême

Commentaire de saint Augustin sur l’Évangile de Jean

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Fra Angelico, Jésus est cloué sur la croix, Couvent San Marco, Florence

Lorsque j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tout le monde à moi (Jn 12, 32)

Traité de saint Augustin sur l’Évangile de Jean

Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Le médecin a tout fait pour venir guérir le malade. Celui donc qui refuse d’observer les prescriptions du médecin se donne lui-même la mort. Le Sauveur est venu dans le monde, pourquoi a-t-il été appelé le Sauveur du monde ? Parce qu’il doit sauver le monde et non le juger. Tu refuses le salut qu’il t’apporte, tu seras jugé sur ta conduite. Que dis-je, tu seras jugé ? Écoute ce qu’il dit : Celui qui croit en lui n’est pas jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé. Le jugement n’a pas encore été publié, mais il est déjà prononcé.

Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui, il connaît ceux à qui la couronne est réservée et ceux qu’attend le châtiment ; il distingue dans son aire le bon grain de la paille, la moisson de l’ivraie. Celui qui ne croit pas est déjà jugé. Pourquoi ? Parce qu’il ne croit pas au nom du Fils unique de Dieu. Et le jugement, le voici : quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Mes frères, quels sont ceux dont les œuvres ont été trouvées bonnes par le Seigneur ? Pas un seul. Il a trouvé leurs œuvres à tous, mauvaises. Comment alors quelques-uns ont-ils fait la vérité et sont-ils venus à la lumière, comme l’indique la suite : Celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient reconnues comme des œuvres de Dieu ? Comment les uns ont-ils pu faire le bien et venir à la lumière, c’est-à-dire au Christ, tandis que les autres ont mieux aimé les ténèbres ?

S’il a trouvé tous les hommes pécheurs, s’il les guérit tous du péché, si le serpent, signe figuratif de la mort du Seigneur, guérit ceux qui ont été atteints par les morsures du serpent, si c’est contre ces morsures qu’a été élevé le serpent, c’est-à-dire la mort du Seigneur qui a sauvé les hommes assujettis à la mort et qu’elle a trouvés dans le péché, comment faut-il entendre ces paroles : Le jugement, le voici : quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises ? Qu’est-ce à dire ? Quels sont ceux dont les œuvres étaient bonnes ? N’es-tu pas venu pour justifier les pécheurs ? Mais ils ont préféré les ténèbres à la lumière.

C’est ici le point essentiel. Il en est beaucoup qui ont mieux aimé leurs péchés, il en est beaucoup qui les ont confessés ; or, celui qui confesse et accuse ses péchés fait déjà cause commune avec Dieu. Dieu accuse tes péchés ; si tu les accuses toi aussi, tu te joins à Dieu. L’homme et le pécheur sont deux choses bien distinctes. L’homme est l’ouvrage de Dieu, le pécheur est l’ouvrage de l’homme. Efface ce que tu as fait, afin que Dieu sauve ce qu’il a créé. Il faut que tu haïsses en toi ce qui est ton ouvrage, et que tu y aimes l’œuvre de Dieu. Lorsque tu commenceras à détester ce que tu as fait, l’accusation du mal que tu as commis sera le commencement de tes bonnes œuvres. Le commencement des bonnes œuvres est la confession des mauvaises. Tu fais alors la vérité et tu viens à la lumière.

SOURCE : Traité de saint Augustin sur l’Évangile de Jean
Lectionnaire monastique pour le Carême, 4ème dimanche de Carême, Année B.
Éditions Solesmes/Cerf. Paris 1995.

« Dieu a tant aimé le monde »

Méditation de l’Evangile 4ème dimanche de Carême (B)
Par le père R. Cantalamessa

ROME, Vendredi 24 mars 2006 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le commentaire de l’Evangile de ce dimanche, proposé par le père Raniero Cantalamessa OFM Cap, prédicateur de la Maison pontificale.
ZENIT.org est un site quotidien gratuit proche du Vatican sur lequel il est possible de trouver des informations quotidiennes concernant toute l’Église.

C’est ainsi que Dieu a aimé le monde !

Dans l’Evangile de ce dimanche nous trouvons l’une des phrases les plus belles et les plus réconfortantes, en absolu, de la Bible : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle ».

Pour nous parler de son amour, Dieu s’est servi des expériences d’amour que l’homme fait dans son milieu naturel. Dante dit qu’en Dieu existe, comme relié dans un même volume « ce qui par l’univers est en feuillets épars ». Tous les amours humains - conjugal, paternel, maternel, d’amitié - sont les pages d’un cahier ou les étincelles d’un feu qui trouve en Dieu sa source et sa plénitude.

Dans la Bible, Dieu nous parle avant tout de son amour à travers l’image de l’amour paternel. L’amour paternel est fait d’incitation, d’élan. Le père veut faire grandir son fils en le poussant à donner le meilleur de lui-même. Ce faisant, un père louera difficilement son fils de manière inconditionnelle, en sa présence, de peur qu’il croie être arrivé au but et ne fasse plus d’efforts. La correction est également une caractéristique de l’amour paternel. Mais un vrai père est également celui qui donne la liberté et la sécurité à son fils, qui le fait se sentir protégé dans la vie. C’est pour cette raison que Dieu se présente à l’homme, tout au long de la révélation, comme « son rocher et son rempart », « forteresse toujours proche dans l’angoisse ».

En d’autres occasions, Dieu nous parle avec l’image de l’amour maternel. Il dit : « Est-ce qu’une femme peut oublier son petit enfant, ne pas chérir le fils de ses entrailles ? Même si elle pouvait l’oublier, moi, je ne t’oublierai pas » (Is 49, 15). L’amour de la mère est fait d’accueil, de compassion et de tendresse ; c’est un amour « viscéral ». Les mères sont toujours un peu complices des enfants et doivent souvent les défendre et intercéder pour eux auprès de leur père. On parle toujours de la puissance de Dieu et de sa force ; mais la Bible nous parle aussi d’une faiblesse de Dieu, de son impuissance. C’est la « faiblesse » maternelle.

L’homme connaît par expérience un autre type d’amour, l’amour sponsal, dont on dit qu’il est « fort comme la Mort » et dont les traits « sont des traits de feu » (cf. Ct 8, 6). Dieu a également eu recours à ce type d’amour pour nous convaincre de son amour passionné pour nous. Tous les termes typiques de l’amour entre un homme et une femme, y compris le terme « séduction », sont utilisés dans la Bible pour décrire l’amour de Dieu pour l’homme.

Jésus a parfait toutes ces formes d’amour, paternel, maternel, sponsal (combien de fois s’est-il comparé à un époux !) ; mais il en a ajouté une autre : l’amour d’amitié. Il disait à ces disciples : « Je ne vous appelle plus serviteurs... maintenant, je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn 15, 15).

Qu’est-ce que l’amitié ? L’amitié peut constituer un lien plus fort que le lien de parenté. La parenté consiste à avoir le même sang ; l’amitié à avoir les mêmes goûts, idéaux, intérêts. L’amitié naît de la confidence, c’est-à-dire du fait que je confie à un autre ce qu’il y a de plus intime et de plus personnel dans mes pensées et mes expériences.

Maintenant, Jésus explique qu’il nous appelle ses amis, car tout ce qu’il savait de son Père céleste, il nous l’a fait connaître, il nous l’a confié. Il a partagé avec nous des secrets de famille, de la famille de la Trinité ! Par exemple du fait que Dieu privilégie les petits et les pauvres, qu’il nous aime comme un père, qu’il nous a réservé une place. Jésus donne au mot « ami » son sens le plus plein.

Que devons-nous faire après avoir rappelé cet amour ? Une chose très simple : croire à l’amour de Dieu, l’accueillir ; répéter, émus, avec saint Jean : « Nous avons cru à l’amour que Dieu a pour nous ! » (cf.1 Jn 4, 16).
ZF06032409