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Mercredi des cendres - Année A - B - C

Guillaume de Saint-Thierry - « Lectio divina »

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La mise en croix
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Un soldat transperce le côté du Christ

Guillaume de Saint-Thierry, « Lectio divina »

À des heures déterminées, il faut vaquer à une lecture déterminée. Une lecture de rencontre, sans suite, trouvaille de hasard, bien loin d’édifier l’âme, la jette dans l’inconstance. Accueillie à la légère, elle disparaît de la mémoire plus légèrement encore. Au contraire, il faut s’attarder dans l’intimité de maîtres choisis et l’âme doit se familiariser avec eux.

Les Écritures, en particulier, demandent à être lues et pareillement comprises, dans l’esprit qui les a dictées. Tu n’entreras jamais dans la pensée de Paul si, par l’attention suivie à le lire et l’application assidue à le méditer, tu ne t’imprègnes au préalable de son esprit. Jamais tu ne comprendras David, si ta propre expérience ne te revêt des sentiments exprimés par les psaumes. Ainsi des autres auteurs. Au reste, quel que soit le livre, l’étude et la lecture diffèrent autant l’une de l’autre que l’amitié de l’hospitalité, l’affection confraternelle d’un salut occasionnel.

Il faut aussi chaque jour détacher quelque bouchée de la lecture quotidienne et la confier à l’estomac de la mémoire : un passage que l’on digère mieux et, qui, rappelé à la bouche, fera l’objet d’une fréquente rumination ; une pensée plus en rapport avec notre genre de vie, capable de soutenir l’attention, d’enchaîner l’âme et de la rendre insensible aux pensées étrangères.

De la lecture suivie, il faut tirer d’affectueux élans, former une prière qui interrompe la lecture. Pareilles interruptions gênent moins l’âme qu’elles ne la ramènent aussitôt plus lucide à la compréhension du texte.

La lecture est au service de l’intention. Si vraiment le lecteur cherche Dieu dans sa lecture, tout ce qu’il lit travaille avec lui et pour lui dans ce but et sa pensée rend captive ou asservit l’intelligence du texte en hommage au Christ. Mais s’il s’écarte de cette fin, son intention entraîne tout après elle. Il ne trouve alors rien de si saint, de si pieux dans les Écritures, qu’il n’arrive, par vaine gloire, perversion de sentiment ou dépravation d’esprit, à faire servir à sa malice et à sa vanité. C’est que la crainte du Seigneur doit être au principe de toute lecture des Ecritures : en elle s’affermit d’abord l’intention du lecteur ; de son sein jaillissent ensuite, harmonisés, l’intelligence et le sens du texte.

Guillaume de Saint-Thierry, Lettre aux frères du Mont-Dieu, SC n° 223, p. 239-241 .


Guillaume de Saint-Thierry, vers 1085-1148

De bonne heure, malgré l’excellente réputation qui entourait alors ses écoles, Guillaume éprouva le besoin de quitter la ville de Liège, où il avait vu le jour vers 1085. Il se dirigea d’abord vers la ville de Laon pour se mettre à l’école d’Anselme.
En 1113, Guillaume abandonne définitivement le monde des études pour prendre l’habit monastique en l’abbaye bénédictine Saint-Nicaise de Reims. Six ans plus tard, il est élu abbé du monastère de Saint-Thierry, dans le même diocèse. Il fait, en 1118, la connaissance de Bernard de Clairvaux dont il devient l’ami (et dont il écrira la vie mais il mourra avant celui-ci). Plein d’enthousiasme et d’admiration pour la manière de vivre des cisterciens, Guillaume, sollicitera bientôt la faveur d’être reçu dans la famille monastique de Cîteaux mais Bernard l’obligera à patienter douze ans - jusqu’en 1135 - avant de rejoindre Signy, dans le même diocèse de Reims, un essaim de moines cisterciens venus d’Igny pour une nouvelle fondation.

D’après, Philippe BAUD, La ruche de Cîteaux, Les plus belles pages des premiers Pères cisterciens. p. 25-26. Cerf, 1997