Les tentations de Jésus au désert - Iconographie

TRADITION
A plusieurs reprises, le Christ a été soumis à la tentation. On peut citer la conclusion donnée par Matthieu au miracle de la multiplication des pains : on reconnaît en lui le prophète, appelé à restaurer la puissance d’Israël : « Or Jésus, sachant qu’on allait l’enlever pour le faire roi, se retira à nouveau, seul dans la montagne » (Mt 14, 23). Dans le désert, où Jésus se retire après son baptême, il est tenté trois fois (Mt 4, 1-11). Après avoir jeûné quarante jours, Jésus sent la faim. Le tentateur s’approche alors et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. »
Mais Jésus répond : « Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu. »

Puis, transporté au faîte du Temple de Jérusalem, il est invité à se jeter dans le vide : les anges te soutiendront, annonce Satan. « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu », réplique Jésus.

Lorsqu’enfin le Diable lui offre du haut d’une montagne tous les royaumes du monde, Jésus s’écrie : « Retire-toi, Satan ! » On a vu la préfiguration de ces tentations dans les tribulations d’Israël lors de l’Exode (les quarante jours dans le désert, le Passage de la mer Rouge annonçant le Baptême du Christ, la montagne d’où Moïse découvre la Terre promise, associée à la montagne de la troisième tentation).
REPRÉSENTATIONS

Il n’existe pas de représentation de ces épisodes avant la période carolingienne (IXe-Xe siècles). Au xve siècle, les trois tentations sont juxtaposées (mosaïque de la basilique Saint-Marc à Venise). Le démon est figuré sous l’aspect d’un négrillon ailé. Au XIVe siècle, Duccio reprend ce thème (revers de la Maestà de la cathédrale de Sienne, 1308-1311, New York, Frick Collection). Assisté de deux anges, le Christ repousse les offres du tentateur. Le démon a parfois un aspect hideux, des cornes au front et des pieds crochus ; à la fin du Moyen Age, il peut se dissimuler sous un froc de moine (Botticelli, fresque de la chapelle Sixtine au Vatican, 1481-1482 ; le Diable est vêtu en franciscain). Au XVIe siècle, Lucas de Leyde, (gravure, 1518) montre Satan vêtu d’un froc de moine, coiffé d’un capuchon qui fait penser aux bonnets des fous, et trahi par ses pieds fourchus. Il tend une pierre à Jésus, qui le repousse d’un geste de la main droite. Le Christ est toujours debout, exceptés deux exemples : il est assis sur un tronc d’arbre entre deux démons (chapiteau de l’église de Plaimpied, Cher, XIIIe siècle).

Pour reconnaître les œuvres qui font référence à la triple tentation de Jésus, il faut prêter attention aux détails : par exemple, le pied fourchu du personnage avec lequel Jésus s’entretient (qui tend à partir du xvème siècle à perdre les caractéristiques de monstruosité qu’il avait dans les siècles précédents). On peut distinguer différents moments. Tout d’abord, le long jeûne solitaire de Jésus au désert, en la seule compagnie des animaux. Puis, dans l’ordre, les trois tentations proposées par le démon. La première (et aussi la plus représentée) est celle de changer les pierres en pains pour apaiser sa faim née des quarante jours de jeûne. La deuxième est celle de se jeter du faîte du Temple et d’appeler les anges à son secours. Dans la troisième, le diable offre à Jésus toutes les richesses de la terre s’il tombe à ses pieds et l’adore. Jésus chasse alors Satan et des anges viennent le servir.

La main sur la joue, Jésus se tient le menton : c’est l’attitude qui exprime traditionnellement la méditation solitaire et mélancolique.
Parmi les nombreux animaux qui entourent Jésus, le cerf est porteur de nombreuses significations liées à la situation du Christ : selon les psaumes, l’âme cherche Dieu comme le cerf la source. En outre, dans les bestiaires médiévaux, on considère que le cerf a la faculté de résister au venin des serpents en buvant quantité d’eau de source : de la même manière, les chrétiens peuvent résister aux tentations et éviter les pièges du péché en recourant au Christ.
Les anges n’interviennent pas pendant les quarante jours et les quarante nuits du jeûne de Jésus dans le désert, ni lors des tentations qui suivent, mais seulement au terme de tout l’épisode.