Commentaire de saint Ambroise de Milan
sur l’Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 17,5-10

Les apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! »
Voyons pourquoi le royaume très élevé des cieux est comparé au grain de sénevé ; car il me souvient d’avoir aussi rencontré le grain de sénevé dans un autre passage où il est comparé à la foi, quand le Seigneur dit : Si vous avez de la foi gros comme un grain de sénevé, vous direz à cette montagne : « Va te jeter dans la mer. » Ce n’est pas là une foi mesquine, mais grande, pour être capable de commander à une montagne de se déplacer ; et de fait ce n’est pas une foi médiocre que le Seigneur exige de ses apôtres, sachant qu’ils ont à combattre l’élèvement et l’exaltation de l’esprit du mal.
Tu veux apprendre qu’il faut une grande foi ? Lis dans l’Apôtre : Et si j’avais toute la foi, au point de transporter les montagnes. Si donc le royaume des cieux est comme le grain de sénevé, et la foi comme le grain de sénevé, la foi est assurément le royaume des cieux, et le royaume des cieux est la foi. Ainsi avoir la foi, c’est avoir le royaume des cieux. De même le royaume des cieux est en nous, et la foi est en nous ; nous lisons en effet : Le royaume de Dieu est au-dedans de vous, et ailleurs : Ayez la foi au-dedans de vous. Aussi bien Pierre, qui avait toute la foi, a-t-il reçu les clefs du royaume des cieux pour l’ouvrir également aux autres.
Apprécions maintenant, d’après la nature du sénevé, quelle est la portée de la comparaison. Son grain est à coup sûr chose commune et simple ; vient-on à le broyer, il répand sa vigueur. De même la foi semble simple de prime abord ; mais, foulée par l’adversité, elle répand le bienfait de sa vertu, de manière à pénétrer aussi de son parfum ceux qui entendent ou qui lisent. Nos martyrs sont le grain de sénevé. Ils avaient le parfum de la foi, mais on les ignorait. Vint la persécution : ils déposèrent les armes, tendirent le cou et, abattus par le glaive, répandirent par tous les confins du monde la beauté de leur martyre, si bien qu’on est en droit de dire : Leur écho s’est propagé sur toute la terre.
Mais la foi est autrement foulée, autrement pressée, autrement semée. Le Seigneur lui-même est grain de sénevé. Il n’avait pas subi d’atteinte, mais, comme pour le grain de sénevé, faute d’avoir pris contact avec lui, le peuple ne le connaissait pas. Il a mieux aimé être foulé, pour que nous disions : Nous sommes pour Dieu la bonne odeur du Christ. Il a mieux aimé être pressé, si bien que Pierre a dit : Les foules te pressent. Il a mieux aimé être semé, comme le grain qu’un homme prend pour le jeter dans son jardin. Car c’est dans un jardin que le Christ a été arrêté et enseveli ; il a grandi dans le jardin, il y est même ressuscité. Et il est devenu arbre, ainsi qu’il est écrit : Comme un pommier parmi les arbres de la forêt, tel est mon frère au milieu des jeunes gens.
Ambroise de Milan,
Commentaire sur l’Evangile de Luc
Sources Chrétiennes, n° 52, pp. 74-75