Année C - 4e dimanche de Carême
Iconographie
L’enfant prodigue ou Le Père miséricordieux

Cette parabole est la troisième du triptyque sur la miséricorde de Dieu, qui comprend également celle de la brebis perdue et celle de la drachme perdue dans le chapitre 15 de l’Évangile de Luc. Hormis la parabole de la « brebis perdue » que l’on retrouve chez Matthieu, ces deux paraboles n’ont pas de parallèle dans les autres Évangiles.
Grâce à son développement narratif et au jeu dynamique entre ses divers protagonistes (le fils dissolu, le père, le fils modèle), c’est la seule des paraboles qui ait si souvent inspiré les artistes. En effet, la diffusion de ce thème est vaste, également dans l’art de l’Europe centrale et du Nord, sous forme de tableaux de genre. Murillo a également peint un ensemble de tableaux, actuellement au Musée de Dublin, retraçant les divers moments de l’histoire.

La première partie de l’histoire - le plus jeune fils d’un homme riche demande à son père la part de fortune qui lui revient, s’en va dans un pays lointain et y dissipe tout son bien - ne donne pratiquement jamais lieu à représentation.

Hormis une allusion aux prostituées, Luc n’explique guère comment le fils dépense tout son argent, et les artistes ont imaginé de fabuleux festins et scènes de concubinage. Réduit à la misère, le jeune homme trouve un très modeste emploi de gardien de cochons. Ce détail souligne d’ailleurs l’ampleur de sa déchéance quand on se rappelle que le porc est un animal impur pour le judaïsme : ainsi, les démons, répondant au nom de « Légion » chassés par Jésus de l’homme possédé, au chapitre 8 de Luc, entrent-ils alors dans les porcs qui se précipitent dans la mer. Quand il commence à souffrir de la faim, le fils « rentre en lui-même », se repent et décide de rentrer chez son père.

Ici, le point de vue s’inverse : c’est dès lors le père qui devient le protagoniste, et c’est lui qui fournit aux artistes le sujet le plus fréquent. Le père voit de loin son fils revenir, il court à sa rencontre, l’embrasse « tendrement », ne veut pratiquement pas l’entendre demander pardon, ordonne à ses serviteurs de le revêtir du plus bel habit et de préparer une grande fête, égayée de musiques, de danses et de chants, pour laquelle il fait tuer le veau gras.
À son retour des champs, le fils aîné proteste contre ce qui lui semble une injustice, « Quand ton filss que voici est arrivé, lui qui a mangé ton avoir avec les filles, tu as tué le veau gras pour lui ! » et le père lui répond paisiblement ; mais ce troisième volet de la parabole n’a presque pas inspiré d’œuvres d’art.
Le premier tableau de Murillo regroupe plusieurs scènes concernant le Retour du fils prodigue :
- L’accueil émouvant du Père, au centre, constitue le coeur de la scène : il se penche pour embrasser son fils à genoux à ses pieds et montre ainsi comment le père devance le fils et l’aide dans sa démarche. On devine en effet que le père, qui l’attendait depuis longtemps, ne lui laisse pas le temps de demander pardon. Le petit chien qui fait fait à son jeune maître de retour apporte une touche de simplicité.
- À droite : un serviteurs apporte de somptueux vêtements ; une certaine tension due au traitement de faveur que l’on réserve au fils de retour au détriment de celui qui est resté travailler dans la maison paternelle semble régner à l’intérieur de ce groupe.
- À gauche, on aperçoit le veau gras que le père fera tuer afin de fêter le retour de son fils
