Vivre en chrétien
"Vivre en chrétien", à l’attention des catholiques du diocèse de Rouen

 
 
Accueil du site - L’archevêque - Homélies et communications publiques prononcées par Mgr Jean-Charles Descubes -Homélies 2009
Jour de Pâques 2009 - 12/04/09
 

Premier dimanche de Pâques - Solennité de la Résurrection du Seigneur

Cette nuit, à Marie-Madeleine, à Marie, mère de Jacques, et à Salomé, étonnées en voyant que la pierre du tombeau de Jésus avait été roulée, et saisies de peur en apercevant, assis à droite, un jeune homme vêtu de blanc, est annoncé l’essentiel du message chrétien, le cœur de l’Evangile : « N’ayez pas peur ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité. »

Ce matin, l’évangile que nous venons d’entendre nous invite à nous rendre nous aussi au tombeau en mettant nos pas dans ceux de Marie-Madeleine, de Pierre et d’un anonyme, l’autre disciple.

- Marie-Madeleine s’interroge et dit à Pierre : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. »

- Pierre se rend sur les lieux ; silencieux et perplexe, il regarde et constate.

- C’est alors qu’entre l’autre disciple : il vit et il crut.

Année après année, comme si à chaque fois c’était une découverte, des sondages annoncent, plus ou moins triomphalement, que nos contemporains ne croient guère en la résurrection de Jésus (et par voie de conséquence d’ailleurs à leur propre résurrection).

Pour croire, il faut aimer ; et pour aimer il faut se laisser aimer, faire l’expérience des hommes et de femmes de tous âges et de toutes conditions qui ont été baptisés cette nuit : la passion de Dieu est de rendre la vie heureuse.

Il revient à l’Eglise, il revient à chacun de nous, d’être les témoins de cette bonne nouvelle, de cet Evangile.

L’auteur du récit que nous venons d’entendre, nous rapporte dans un autre passage, les paroles attribuées à Jésus sur la croix.

« Femme, voilà ton fils, et toi, voici ta mère. » La Tradition date la naissance de l’Eglise dans cet attachement nouveau, inconditionnel et réciproque que Jésus promet à Marie et à son disciple.

Là s’inaugurent les temps nouveaux.

Jésus n’efface pas ce qui s’est passé. Il sait par qui il a été trahi, renié, délaissé. Mais il n’enferme pas ceux qu’il aime dans les étroites limites de leurs actes.

Aussi, croire en la résurrection, vivre en Eglise, c’est, à cause du Christ et son nom, refuser tout fatalisme et toute malédiction. Cette espérance ne nous fait pas nécessairement meilleurs que les autres mais elle peut transformer le monde en même temps qu’elle donne un formidable élan à chacune de nos existences.

La puissance de la Résurrection est déjà à l’œuvre dans le temps présent. Nous n’avons pas à attendre demain pour vivre en ressuscité : même en ce temps de crise, sans pour autant minimiser ses conséquences pour ceux qui en sont les victimes, pour bien des familles et pour la paix du monde.

La solidarité est au cœur de la fête de Pâques puisque, en ce jour, les séparations sont abolies : entre le ciel de Dieu et la terre des hommes (le rideau du Temple de Jérusalem qui en marqué la frontière est définitivement déchiré), entre la terre des hommes et le monde des morts (Dieu a roulé la pierre qui fermait le tombeau). Nos différences ne peuvent plus désormais être prétextes à domination ou à exploitation des autres ; elles sont là pour nous enrichir. « Il n’y a plus ni Juif, ni Grec ; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n’y a plus l’homme et la femme ; car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus Christ », écrira saint Paul.

Il est toujours possible de se relever, de se remettre debout, de ressusciter (c’est le même mot) ; à plus forte raison et avec plus d’efficacité lorsque l’on a la volonté de le faire ensemble :

- Pour une part, et en dépit des années qui auront été nécessaires pour y consentir, par les mesures de régulation internationale décidées par les responsables politiques.

- Pour une autre part, par les changements que nous acceptons dans nos modes de vie, et par nos initiatives personnelles et collectives.

J’y vois là une preuve de notre volonté commune d’être des artisans de lien social, des serviteurs de la paix, des témoins d’espérance. Les médias s’en font désormais volontiers les rapporteurs.

Pour nous, chrétiens, que rassemble la joie de cette fête, s’engager dans cette voie, avec détermination et un brin d’enthousiasme, est la manière dont nous pouvons aujourd’hui mettre nos pas dans ceux du disciple dont l’évangéliste nous disait qu’il vit et qu’il crut. Nous donnerons ainsi à nos frères l’occasion de découvrir qu’ils sont eux aussi vivants et aimés parce que le Christ est sorti vainqueur du tombeau comme il l’avait annoncé. Dieu ne reprend jamais sa parole. Amen.

12 avril 2009

Cathédrale Notre Dame de Rouen