Vivre en chrétien
"Vivre en chrétien", à l’attention des catholiques du diocèse de Rouen

 
 
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Ostensions de Saint-Léonard des Noblats - 25/05/09
 

Ostensions de Saint-Léonard

Nous sommes appelés à la sainteté, à partager la vie de Dieu aussi réellement qu’il est venu partager la nôtre quand, en Jésus de Nazareth, il s’est fait l’un des sujets de l’humanité parmi des milliards d’autres sujets.

Dieu est le vrai bonheur. Le chemin pour l’atteindre emprunte celui sur lequel Jésus nous a précédés, le chemin du service.

Ainsi pouvons-nous résumer l’Evangile que nous venons d’entendre en ce Septième dimanche de Pâques qui coïncide cette année avec les Ostensions de Saint Léonard, et, tout particulièrement, la prière de Jésus à quelques heures de sa mort, alors même qu’il se sait rejeté, déjà condamné et bientôt abandonné même par ceux qu’il aimait.

Mais on ne peut être de Dieu, on ne peut être saint, sans faire de sa vie un service. Les chrétiens ne sont pas meilleurs que les autres habitants de la terre (ou si peu et avec combien d’infidélités !). Mais ils ont une mission : si importante pour le monde, écrivait un chrétien au II° siècle dans un texte connu sous le nom de Lettre à Diognète, qu’il ne leur est pas permis de déserter le poste que Dieu leur a confié : « En un mot, ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. » Le Christ ne demande pas aux chrétiens de se considérer comme des touristes passant dans leur siècle sans s’y compromettre ; il leur demande d’assumer leur humanité, excepté le péché, en refusant de pactiser avec le Mauvais et son royaume de mensonge

Les chrétiens donnent sens à ce monde non pas en imposant leurs points de vue ou leurs principes mais en témoignant qu’ils sont source de vie. Au sein du débat public où, avec d’autres, ils recherchent les valeurs qui permettent de vivre ensemble dans la justice, la liberté et la paix, leur contribution particulière est celle de l’amour. Tous les sept ans, les Ostensions limousines et vos Confréries en sont une belle illustration religieuse, historique et fédératrice.

On lit dans l’ancienne Vie de saint Léonard que Saint Rémi usant de l’influence que lui donnait sa sainteté aurait persuadé les rois de France de porter, en l’honneur de Dieu, un édit en vertu duquel toutes les fois qu’ils entreraient dans la ville de Reims ou qu’ils passeraient dans le voisinage, ceux qui seraient alors détenus dans les prisons ou chargés de chaînes seraient rendus à la liberté. Saint Léonard demanda au roi de bénéficier du même privilège si, quand il les visiterait, il les jugeait dignes de confiance.

L’homme ne peut vivre sans que ne soit porté sur lui un regard qui l’aime. Un jour ou l’autre nous en avons fait l’expérience ; peut-être un jour de fête ou peut-être à un moment d’épreuve ou au temps de la souffrance, peut-être à l’occasion du témoignage d’une conscience pure et généreuse, ou peut-être justement dans la situation opposée en bénéficiant d’un pardon quand s’imposent le sens de la faute et la conscience de son péché.

Gardons notre cœur assez ouvert pour que le Christ nous regarde. Son regard fait espérer en l’homme. Il fait émerger les talents qui permettent de se construire et de se reconstruire.

Dans cette forêt de Pauvain dont il aurait changé le nom en Noblac et qui a fait place à votre cité, suivant l’exemple du Christ, plein de compassion et de pitié, saint Léonard accueillait les prisonniers. Il se plaisait au milieu d’eux comme un père au milieu de ses enfants, donnant vêtements à ceux qui étaient nus, des aliments à ceux qui avaient faim, distribuant une partie de la vaste forêt « afin qu’en défrichant et en s’adonnant à l’agriculture, ils ne soient plus exposés à se livrer, comme autrefois, à des habitudes de rapine ». Auprès de leur libérateur, ils recouvraient une liberté infiniment plus précieuse, la liberté des enfants de Dieu.

Puissions-nous regarder tous nos frères avec le même regard, un regard qui ne condamne pas mais qui ouvre à la confiance, un regard qui met debout et qui fait vivre.

Depuis quelque temps, on assiste à une radicalisation des opinions publiques souhaitant un durcissement des sanctions pour les personnes coupables d’actes particulièrement graves.

Les souffrances endurées par les victimes et leurs proches sont infiniment respectables. Et il est impossible pour qui n’a pas vécu de tels drames de prétendre donner des leçons. Aucune vie sociale n’est d’ailleurs possible sans que justice soit faite.

Mais la foi chrétienne qui prend sa source dans l’Evangile, dans la pratique de Jésus, se refuse à ne voir chez un coupable que sa faute. La faute n’est ni une fatalité ni le dernier mot d’une personne.

Les personnes détenues sont et restent des enfants de Dieu ; son pardon leur est toujours offert même si cela doit prendre beaucoup de temps, le temps nécessaire pour découvrir que les personnes victimes des actes qu’elles ont commis sont des frères et des sœurs en humanité.

Les blocages des établissements pénitentiaires décidés à intervalles réguliers par les surveillants focalisent par intermittence notre attention. Ils estiment que leurs conditions de travail et les moyens mis à leur disposition sont insuffisants pour permettre une éducation et faciliter une réinsertion. Ils devraient être l’occasion de nous demander si nous croyons que toute personne possède, inscrite au fond d’elle-même, la possibilité de se relever et si nous sommes prêts à ce que soient dégagés les moyens nécessaires pour permettre une amélioration de la vie carcérale et garantir à terme de meilleures conditions de travail pour les personnels de surveillance. Ce sont d’ailleurs des recommandations et des règles européennes adoptées au Conseil de l’Europe, il y a maintenant plus de trois ans, le 11 janvier 2006.

La prison est toujours le reflet altéré d’une société, conséquence des évolutions de ses mœurs et de ses institutions.

Toute personne condamnée en sortira un jour plus ou moins proche. Aussi notre avenir pacifique demande que la détention soit un temps utile et non un temps mort. Nous sommes donc tous concernés.

Quand saint Romain fut nommé évêque de Rouen au début du VII° siècle une bête terrorisait la ville. Les habitants le supplièrent de l’en délivrer. L’évêque mit comme condition d’être aidé. Seul un prisonnier de droit commun se présenta. Ceci valut aux archevêques de Rouen jusqu’à la Révolution, privilège sans cesse reconfirmé par les rois, de faire bénéficier d’une grâce un condamné au cours d’une liturgie solennelle, le jour de l’Ascension, sur la place de la Vieille Haute Tour. On ne peut, laissé à ses seules forces, venir à bout du mal.

Saint Léonard est le patron des prisonniers. Il demeure un modèle pour les personnels de l’administration pénitentiaire, directeurs, surveillants, éducateurs. Nous leur devons respect et considération puisque c’est à eux qu’il revient au nom de la société, et donc en notre nom, de donner aux personnes détenues de vivre leur peine dignement et de préparer leur réinsertion, leur retour parmi nous.

Puisse notre foi nous donner de regarder avec le regard du Christ toutes les personnes que leurs actes ou leur profession conduisent dans l’enfermement des prisons. Elles sont toutes et chacune aimées de Dieu comme nous-mêmes.

Utopie ?

Nous savons de la bouche même de Jésus qu’il a prié pour que nous en relevions le défi et pour que nous fassions de cette forme d’amour la vérité de ce monde. L’avenir pacifique d’une société ne se construit pas dans la haine et la violence mais sur la justice et le pardon. Amen.

(Liturgie du Septième dimanche de Pâques – B)

24 mai 2009

Saint Léonard de Noblat