Vous êtes ici : ACCUEIL -Dimanches et fêtes - Année C -Année liturgique -2013-02-24 : 2e dimanche de Carême : La Transfiguration - 2e d. de Carême, Transfiguration, Iconographie M. Quenot -
Iconographie, Transfiguration : Le 6 août

Transfiguration du Christ - Iconographie

Michel QUENOT - Les Icônes des 12 grandes Fêtes

6 août

Tu t’es transfiguré
sur la montagne,
ô Christ notre Dieu,
laissant tes disciples
contempler ta gloire
autant qu’ils le pouvaient :
fais briller aussi
sur les pécheurs que nous sommes
ton éternelle clarté
par les prières de la Mère de Dieu,
Source de lumière,
gloire à toi.

(Tropaire)

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Théophane Le Grec, La Transfiguration, début XVème siècle, Galerie Tretyakov, Moscou.

Jésus pose un jour à brûle-pourpoint cette question à ses disciples : « "Au dire des gens, qu’est le Fils de l’homme ?" Ils dirent : "Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou quelqu’un des prophètes." - "Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je ? " Simon-Pierre répondit : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant." » (Mt 16, 13-16)

« Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques, et Jean son frère, et les emmène, à l’écart, sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. Et voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Pierre alors, prenant la parole, dit à Jésus : "Seigneur, il est heureux que nous soyons ici ; si tu le veux, je vais faire ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie." Comme il parlait encore, voici qu’une nuée lumineuse les prit sous son ombre, et voici qu’une voix disait de la nuée : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur, écoutez-le." À cette voix, les disciples tombèrent sur leurs faces, tout effrayés. Mais Jésus, s’approchant, les toucha et leur dit : "Relevez-vous, et n’ayez pas peur." Et eux, levant les yeux, ne virent plus personne que lui, Jésus, seul.

Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur donna l’ordre : "Ne parlez à personne de cette vision, avant que le Fils de l’homme ne ressuscite d’entre les morts." » (Mt 17, 1-9)

Si l’icône colle au texte évangélique, tout n’est pas clair pour autant. Cet événement fait suite à la première annonce par Jésus de sa Passion qui bouleverse Pierre. Sur la gauche de l’icône, on voit dans l’ordre, à la suite de Jésus en route vers le sommet de la montagne, les apôtres Jacques, Pierre et Jean - les mêmes qui l’accompagneront au moment du reniement du premier des Apôtres. De quoi s’entretiennent-ils ? Jésus les enseigne et sa démarche vise à affermir leur foi qui sera fortement ébranlée par la tragédie de la mise en croix.

Peu avant, il confie à ses disciples : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive. Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera. » (Mt 16, 24-25)

Quand le Christ révèle soudain sa glorieuse splendeur sur la montagne du Thabor, les apôtres sont comme foudroyés par l’abondante lumière. Pour la première fois, leurs yeux s’ouvrent à la réalité spirituelle de leur Maître dont leurs yeux de chair n’ont perçu à ce jour que l’enveloppe charnelle.

« Voilant quelque peu l’incarnation, il se transfigura devant eux, manifestant la splendeur de l’originelle beauté, non pas entièrement toutefois, car s’il les affermissait dans la foi, il les épargnait cependant, de peur qu’à cette vue ils ne perdent la vie, aussi leurs yeux de chair ne le voyaient qu’autant qu’ils pouvaient le supporter. » (Grandes Vêpres).

« Tes disciples, ô Verbe, se jetèrent contre le sol, incapables de contempler l’apparence qui ne peut être vue. » (Grandes Vêpres).

Par et dans l’Esprit Saint, ils contemplent son corps de lumière, corps de gloire promis aux saints. Ils reconnaissent « Celui qui en symboles conversa sur le Mont-Sinaï avec Moïse jadis, lui disant :"Je suis Celui qui suis" » (Grandes Vêpres). et « Celui qui au désert menait Israël jadis par la colonne de feu et la nuée » (Matines).

La présence de Moïse portant les tables de la Loi et d’Élie emporté de son vivant sur un char de feu peut surprendre. Pleins d’étonnement et d’effroi, ils s’entretiennent avec le Christ de sa Passion et de sa crucifixion toute proche, preuve qu’il est « le Seigneur des vivants et des morts, le Dieu qui par la Loi et les prophètes jadis » a parlé. Peu visible sur cette icône ancienne, leur tête est nimbée comme celle du Christ, signe de leur sainteté manifestée par la pleine habitation dans l’Esprit, contrairement aux apôtres qui, n’ayant pas encore reçu l’Esprit à la Pentecôte, ne supportent pour cela pas la fulgurante lumière de la divinité.

« Tel un feu immatériel brûlant sans consumer la matière corporelle, ô Maître, t’ont vu Moïse, les apôtres ainsi qu’Élue, de tes deux natures attestant l’unité. »

À l’incomplétude de la Loi succède la nuée lumineuse entourant le Christ :

« Nouvelle inouïe, ce qu’on entend : le Fils que sans père une Vierge enfanta de la voix du Père glorieusement reçoit le témoignage qu’il est à la fois homme et Dieu pour les siècles. »

Reflet du Père et repos de l’Esprit, il fait voir dans la lumière dont il se revêt comme d’un manteau la lumière du Père et de l’Esprit : révélation de la sainte Trinité.

Cette fête trouve son fondement dans l’incarnation, la résurrection et la descente de l’Esprit Saint le jour de la Pentecôte. Par l’incarnation, Dieu revêt en effet l’humanité qu’il relève lors de la résurrection et renouvelle par l’Esprit. Cette transfiguration montre que, après la chute, la chair peut à nouveau goûter à sa métamorphose, transparence de la matière pénétrée des énergies divines. Mais avant de revêtir un corps de gloire, la chair humaine passe par la mort et la résurrection.

En montrant à l’avance la splendeur de sa résurrection, le Christ manifeste à ses disciples « la nature des humains en lui-même revêtue de la beauté que son image à l’origine possédait. » Les mortels contemplent ainsi la transformation qu’ils subiront sous l’effet de la gloire du Ressuscité lors de sa seconde et redoutable venue. C’est Lui qui « dépouillera l’Enfer par sa mise en croix pour faire aux morts le don de l’éternelle vie »

« En ton union sans confusion, tu nous montras sur le Thabor la braise de ta divinité illuminant les âmes et consumant les péchés, et tu remplis d’étonnement Élie et Moïse et tes disciples choisis. »

« Le Christ en ce jour, sur la montagne du Thabor transformant la nature humaine ternie, lui conféra sa divine splendeur. »

Quand les disciples redescendent du Thabor avec Jésus - au centre droit de l’icône - il leur enjoint de taire l’événement qui déploiera tout son sens après la Résurrection et l’Ascension.

Comme Moïse et Élie, chaque disciple fidèle du Christ sera transfiguré et participera à la gloire que le Père Lui a donnée (Jn 17, 22). Jean le Théologien ajoute que « nous Lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est »(1 Jn 3, 2).

En effet, dit Irénée de Lyon, « la gloire de Dieu c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme c’est la vision de Dieu. »Et Grégoire de Naziance (mort vers 390) d’ajouter : « La suprême perfection des êtres, c’est la connaissance de Dieu. »

Comment y parvenir ? La voix du Père adressée aux apôtres dans la nuée retentit jusqu’à nous : « Écoutez-le », c’est-à-dire, obéissez à ses commandements.

Source : Michel QUENOT : Les Icônes des 12 grandes Fêtes
Éditions Saint-Augustin, 2004, CH - Saint Maurice
Les textes cités par Michel Quenot sont tous extraits de la liturgie orthodoxe.