Année A - 4e dimanche de Carême
Commentaire de saint Augustin sur l’Évangile de Jean

Traité de saint Augustin sur l’Évangile de Jean
Les faits surprenants et merveilleux de la vie de notre Seigneur Jésus-Christ sont à la fois des œuvres et des paroles : des œuvres, parce qu’elles ont été faites, des paroles, parce que ce sont des signes. Si donc nous voulons considérer ce que signifie ce miracle, nous reconnaîtrons que cet aveugle est l’image du genre humain ; cette cécité a frappé, lors de son péché, le premier homme de qui nous naissons non seulement mortels, mais coupables. Car si la cécité est l’infidélité, si l’usage de la vue est la foi, quel est celui que le Christ a trouvé fidèle en venant sur la terre, alors que l’Apôtre né au sein de la nation des prophètes dit : Nous étions nous-mêmes, par nature, enfants de colère, comme les autres hommes ; si nous étions enfants de colère, nous étions donc aussi enfants de vengeance, enfants du châtiment, enfants de l’enfer.
Comment enfants de colère par nature ? Parce que par le péché du premier homme, le vice est passé pour nous comme en nature. Si le vice est pour nous comme une seconde nature, tout homme naît aveugle spirituellement. Le Seigneur est venu ; qu’a-t-il fait ? Il a voulu attirer notre attention sur un grand mystère. Il cracha à terre et fit de la boue avec sa salive, parce qu’en effet le Verbe s’est fait chair, et il en frotta les yeux de l’aveugle. Ses yeux étaient couverts de cette boue, et il ne voyait pas encore. Il l’envoya donc à la piscine de Siloé. L’évangéliste a cru devoir nous expliquer lui-même le nom de cette piscine en disant : Ce qui signifie l’envoyé.
Vous savez maintenant quel est cet envoyé, car, s’il ne nous avait pas été envoyé, personne de nous n’eût pu être délivré de son iniquité. L’aveugle lava donc ses yeux dans cette piscine, qui signifie envoyé ; il fut baptisé dans le Christ. Si donc le Christ l’a baptisé en quelque sorte en lui rendant la vue, il en a fait un catéchumène quand, auparavant, il lui a frotté les yeux.
C’est, comme vous le voyez, un grand mystère. Demande à un homme : « Es-tu chrétien ? » Il te répond : « Je ne le suis pas », s’il se trouve être soit païen, soit juif. S’il te répond : « Je le suis », continue de l’interroger : « Es-tu catéchumène ou fidèle ? » S’il te répond : « Je suis catéchumène », c’est que ses yeux ont comme été frottés avec de la boue, mais il n’est pas encore lavé. Demande-lui comment ses yeux ont été frottés. Il te répondra ; demande-lui en qui il croit ; par là même qu’il est catéchumène, il te répond : « Au Christ. » Je parle maintenant aux fidèles et aux catéchumènes. Qu’ai-je dit de la salive et de la boue ? Que le Verbe s’est fait chair. C’est ce qui est enseigné aux catéchumènes ; mais il ne leur suffit pas que leurs yeux soient frottés : qu’ils se hâtent donc vers le bain salutaire, s’ils désirent recouvrer la lumière.
Source : Traité de saint Augustin sur l’Évangile de Jean
Lectionnaire monastique pour le Carême, 445-447.
Éditions Solesmes/Cerf, Paris, 1995.