La résurrection de Lazare
Commentaire de saint Jean Chrysostome

Sermon de saint Jean Chrysostome
Examinons avec soin quel fut, pour les disciples, l’avantage de ce miracle opéré en faveur de Lazare. Après les avoir souvent entretenus de maintes circonstances de sa passion, le Sauveur voyait ses disciples comme paralysés ; de tels récits les remplissaient d’horreur, ils considéraient cette passion qu’on leur prédisait comme une marque d’impuissance, non pas comme appartenant au plan du salut, vu qu’ils étaient troublés et effrayés par des raisonnements humains.
C’est pourquoi, alors qu’approchait le temps de sa passion et qu’il allait bientôt être attaché à la croix, il ressuscite Lazare qui était mort. Et par cette action il enseigne aux disciples que passion et croix ne seraient pas une marque de faiblesse ; il prouve aux témoins qu’il commande à la mort et qu’il peut faire revenir une âme déjà dégagée des liens de la terre. De plus, poursuivant un autre but, il montre d’avance sa propre mort comme acceptée librement, et en la personne de Lazare peut-être veut-il préfigurer sa propre résurrection après trois jours et rassurer les cœurs pusillanimes au sujet du bref séjour qu’il va faire dans le tombeau.
Au seuil du mystère de la croix, il dissipe ainsi opportunément la crainte des disciples et leur donne à entendre que ce bienfait qu’il accorde à autrui, il peut facilement se le procurer à lui-même. C’est par ses oeuvres qu’il avertit les cœurs hésitants : il prête en quelque sorte une voix aux événements, du fait même de son miracle il parle pour ainsi dire en ces termes : « Jamais je n’ai laissé la nature humaine que j’ai assumée privée de l’activité divine ; j’ai agi tantôt en homme, tantôt en Dieu : d’une part j’ai manifesté ma nature, d’autre part j’ai démontré le plan du salut ; j’ai enseigné à rapporter les actions les plus humbles à l’humanité et les plus glorieuses à la divinité et c’est par cet alliage d’actions de valeur inégale que je traduis l’union de natures inégales ; enfin par mon pouvoir sur la souffrance, je fais voir le caractère volontaire de mes souffrances. »
« En tant que Dieu, j’ai réprimé la nature au cours d’un jeûne absolu de quarante jours, mais après quoi j’ai eu faim comme un homme à bout de forces. Dieu, j’ai apaisé la mer en furie ; homme, j’ai été tenté par le diable. Dieu, j’ai chassé les démons ; et je vais souffrir, homme pour les hommes. Mais afin que vous n’imaginiez pas que cela m’arrive par impuissance, avant que ne survienne ma mort, je rappelle à la vie un captif de la mort. Et après avoir manifesté la puissance efficace de ma divinité, alors seulement je paie la dette ancienne de l’humanité ; après avoir délié les liens de Lazare, alors seulement je me laisse moi-même enchaîner ; et, par tous ces actes, je démontre que j’ai le pouvoir de donner ma vie et le pouvoir de la reprendre. »
Lectionnaire monastique pour le Carême, p. 557-561. Solesmes/Cerf, 1993