Messe d’action de grâce 26 septembre 2015

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HOMÉLIE

 

Lorsqu’en 1999 j’ai fait le Chemin espagnol de Saint Jacques de Compostelle, un verset du psaume 90 me revenait sans cesse, celui-là même que saint Marc dans son évangile applique à Jésus au terme de son séjour au désert : « Le malheur ne pourra te toucher, ni le danger approcher ta demeure : il donne mission à ses anges de te garder sur tous tes chemins. Ils te porteront sur leurs mains pour que ton pied ne heurte les pierres. » Buter sur une pierre serait la fin de l’aventure, le terme d’un pèlerinage qui resterait inachevé, le prétexte d’une insatisfaction profonde.

Parce que nous sommes corps et esprit, Dieu nous donne des signes de sa présence et de la réalité de sa parole.

A 13 ans dans le jardin de son père à côté de l’église de Domremy, Jeanne d’Arc entend une voix et se trouve baignée de lumière. Dieu l’appelle ; au terme de trois années de réflexion et de lente maturation elle trouve sa vocation. Mais pour que cet appel ne soit pas assimilé à un désir désordonné de son imagination et de ses passions, elle l’attribue à saint Michel, à sainte Catherine et à sainte Marguerite.

Notre Dieu est un Dieu qui parle. Saint Michel, les anges et les prophètes dont les Ecritures gardent la mémoire des interventions sont ses messagers « envoyés en service pour ceux qui doivent hériter du salut » écrit l’auteur de la Lettre aux Hébreux.

Dieu nous appelle, vivants et morts, à être des sujets devant sa face. Nous n’avons pas à nous perdre en lui ; nous n’avons pas non plus à le ramener à notre image.

Les anges proclament la grandeur de Dieu, sa sainteté, sa souveraineté. Il surpasse tous les êtres, dirons-nous dans la préface.

Les anges rapprochent Dieu de l’homme jusqu’à ce jour définitif où sa Parole s’est faite l’un de nous en Jésus de Nazareth, sujet de l’humanité parmi des milliards d’autres sujets.

Car à aucun ange, Dieu n’a jamais dit « Tu es mon Fils ». Mais en chacun de nous, chrétiens rassemblés ce matin pour rendre grâce, son « Esprit en personne se (joint) à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu ; enfants et donc héritiers ; héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ ».

Dieu ne se fatigue jamais de nous écouter car il ne se fatigue jamais de nous parler. La Bible (que nous avons reçue lors de notre rassemblement diocésain) est la conversation de Dieu avec l’humanité. Et nous pouvons légitimement considérer la Bible est comme un sacrement de la présence de la Parole de Dieu dans nos vies et dans nos communautés.

Alors laissons Dieu s’approcher de nous et nous parler. Nous savons si bien ne pas écouter.

Etre chrétien est une vocation : entendre un appel et accepter librement de devenir le chemin que Dieu emprunte pour se faire connaître.

« Le Seigneur n’envoie jamais une grâce par la poste », déclarait il y a quelques mois le pape François dans une formule dont il a le secret. Il l’apporte lui-même. Nous sommes sa grâce.
Nous sommes sa Parole pour nos frères. Encore faut-il que notre fraternité rende crédible sa promesse d’amour et son alliance de tendresse.

Alors dans le secret de notre conversation avec Dieu, peut-être serons-nous amenés à lui demander : comment se fait-il et pourquoi m’appelles-tu à être ton messager ?

C’est le mystère de mon amour.

Amen.

26 septembre 2015
Cathédrale Notre Dame de Rouen
Mgr Jean-Charles Descubes