Messe de rentrée du monde judiciaire – 26 janvier

eglise-saine-jeanne-d-arc-rouen-1366547978Au lendemain de la fête de la conversion de saint Paul, nous faisons mémoire de deux de ses collaborateurs. Deux hommes bien différents et pourtant appelés à un même service : organiser l’Eglise pour qu’elle soit fidèle à la mission que le Christ lui confie : annoncer l’Evangile, un message de vie, d’amour et de paix. Timothée, d’une santé fragile et d’un tempérament timide et impressionnable. Tite, l’homme des situations difficiles et des missions délicates : il aide à la réconciliation des chrétiens divisés de l’Eglise de Corinthe, il fonde les Eglises de Crête.

« Je te rappelle que tu dois réveiller en toi le don de Dieu que tu as reçu […]. Ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de raison. »

Des paroles particulièrement bienvenues en ces heures dramatiques que traverse notre pays et dans lesquelles le Seigneur attend de nous que soyons des messagers de paix et de communion comme les soixante-douze disciples qu’il envoya deux par deux devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller. « Paix à cette maison. »

Il y a cinquante ans, le 4 octobre 1965, le pape Paul VI déclarait devant l’assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies : « Les rapports entre les peuples doivent être réglés par la raison, par la justice, le droit et la négociation, et non par la force, ni par la violence, ni par la guerre, non plus que par la peur et la tromperie. Jamais les uns contre les autres, jamais. Jamais plus la guerre. C’est la paix, la paix qui doit guider le destin des peuples et de l’humanité. C’est l’orgueil […] qui provoque les tensions et les luttes de prestige, de la prédominance, de l’égoïsme. C’est lui qui brise la fraternité. »

« Nul ne peut invoquer le nom de Dieu pour organiser des réseaux terroristes ou pour justifier le meurtre de son semblable » (Déclaration des représentants de diverses confessions religieuses à Rouen, 12 janvier 2015).

Un respect des libertés fondamentales consenti par tous est la première condition de la paix.

Dans leur affirmation et leur défense des libertés d’opinion, de religion et d’expression, nous pouvons légitimement considérer que les Déclarations des Droits de l’homme et du citoyen de 1789 et des Droits de l’homme de 1948 sont un progrès de l’humanité. Elles inspirent pour une part notre droit. Elles doivent autant à la tradition chrétienne qu’aux circonstances historiques de leur rédaction.

Mais l’une et l’autre affirment également que ces libertés ne peuvent pas pour autant s’affranchir de toute limite. Il revient à ceux qui écrivent le droit et qui en jugent d’éviter leurs dérives.

Tout exercice d’une liberté requiert réalisme et de prudence au risque de provoquer des réactions injustes.

Chacun a certes la liberté et l’obligation de dire ce qu’il pense pour aider ses frères et ses sœurs en humanité et collaborer ainsi au bien commun. Mais qui utilise l’humour, la caricature ou la dérision ne peut ignorer ou minimiser les conséquences de ses choix lorsqu’ils sont ressentis comme une provocation en raison de la diversité des cultures et des traditions. En dépit de ce que certains voudraient nous faire admettre, il existe légitiment d’autres manières de penser, de croire ou de ne pas croire que celle qui trouve son origine dans la Philosophie des Lumières. Les religions et les expressions religieuses ne sont pas une sous-culture qui ne leur mériterait que la tolérance, à plus forte raison quand elles mettent au centre de leurs valeurs le respect de la personne et de la vie humaine.

Jouer avec la religion des autres est un jeu dangereux car c’est jouer avec le plus intime de l’intime de la personne qui se dit croyante ; la seule excuse, mais je ne sais si c’en est une, étant de ne pas avoir vécu la même expérience.

Mais pour autant, s’il ne peut se satisfaire d’une liberté revendiquée pour elle-même et dont l’exercice dispenserait de juger de ses effets, un chrétien cependant se situe toujours du côté de la liberté et de la défense des droits de l’homme. Il n’est pas nécessaire de développer ce point ; vous en êtes convaincus. C’est le cœur de l’Evangile et de la pratique de Jésus.

Au moment où nous commémorons le soixante-dixième anniversaire de la libération du camp de concentration d’Auschwitz, me revient en mémoire ce que le pape Jean-Paul II déclarait le 7 juin 1979 : « Comment peut-on s’étonner que le pape né sur cette terre ait consacré sa première encyclique aux droits de l’homme ? » Et, en mai 2003, à l’université romaine de La Sapienza : « Au cours de mes années de service pastoral de l’Eglise, j’ai considéré qu’il appartenait à mon ministère de réserver une large place à l’affirmation des droits de l’homme, en raison du lien étroit qu’ils possèdent avec deux points fondamentaux de la morale chrétienne : la dignité de la personne et la paix. »

Avec saint Timothée et saint Tite que saint Jean-Paul II intercède pour que l’Esprit vous assiste dans votre service du droit et de la justice.

Lectures : 2 Timothée 1, 1-8 ; Luc 10, 1-9

26 janvier 2015

Eglise Sainte Jeanne d’Arc à Rouen