Discours de Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, aux autorités, civiles, militaires, judiciaires et religieuses Salle des Etats de l’archevêché – 9 octobre

 

5 salle des etatsMonsieur le Préfet représenté par son directeur de cabinet,

Mesdames et messieurs les élus, parlementaires et élus des collectivités territoriales,

Mesdames et messieurs représentants les corps constitués, les chambres consulaires, représentants du monde de la culture, du monde judiciaire, militaire, du monde de la santé, du monde économique …

Je salue bien sûr les représentants de la communauté musulmane, nos frères et sœurs de la communauté orthodoxe et de l’Eglise protestante unie et de la communauté israélite.

Monsieur le Maire,

 

Depuis ma nomination, les souvenirs d’enfance remontent à la surface. Ce sont des souvenirs de quartier de la place Beauvoisine, avec les premiers tours de roue en bicyclette, l’arrivée du téléphone et de la télévision à la maison, les feux d’artifices, la fête foraine sur les boulevards – devais-je préciser le lieu ! –, les fêtes Jeanne d’Arc, les premières visites touristiques à Jumièges ou les séjours chez mon parrain à Pourville. Mon enfance heureuse me laisse des souvenirs heureux. J’arrive donc dans un climat intérieur de bonheur.

 

A Rouen, j’ai appris à lire, à écrire et à compter.

Permettez-moi d’espérer continuer cet apprentissage – après tout Rouen et sa région n’ont-ils pas une haute réputation culturelle ? Mgr Jean-Charles Descubes m’en a dit grand bien et, je crois, a l’intention de continuer d’en bénéficier même si sa nouvelle responsabilité à la fondation Rodhain le mènera souvent hors du département.

 

Lire. Il s’agit bien entendu de m’apprendre à lire la vie de nos contemporains ; il s’agit de m’aider à déchiffrer les signes des temps pour reprendre le langage du deuxième Concile du Vatican. Depuis que – c’est notre foi chrétienne – Dieu est entré dans le monde il y a 2000 ans, nous savons que le monde est un grand signe de Dieu, un chemin pour que s’établisse sa justice et sa paix. Pour cela, je serais heureux de vous entendre, de vous connaître, de lire avec vous ce qui fait votre territoire qui devient notre territoire, urbain et industriel, agricole et rural, maritime et côtier. L’actualité commune – celle de l’encyclique du Pape sur l’écologie, celle de la COP 21 – nous invite à veiller sur notre terre. Je le ferai avec vous pour la Seine-Maritime.

 

Ecrire. Une nouvelle page de mon existence commence. Le monde est un grand livre et chacun de ses habitants participent à l’écriture de l’aventure humaine. Il y a des pages de gloire – Jeanne d’Arc et Corneille –, il y a aussi des pages plus modestes ou plus sombres. A vrai dire, celle de Jeanne d’Arc, et sans doute celle de Corneille, peuvent nous apprendre que le mal et le bien ne sont jamais loin. En tous les cas, croyez bien que, pour moi, à la suite de mon maître Jésus, il n’y a personne qui soit mauvais. Ecrire, c’est prendre le temps de poser les choses pour les exprimer avec plus de justesse, j’espère plus de délicatesse. Je souhaite que nos échanges épistolaires mais aussi nos dialogues laissent des traces d’amitié et favorisent le vivre ensemble. Chacun d’entre vous a sa couleur pour son crayon. L’Eglise n’en a pas de spécifique sinon elle serait à part, et ce serait la réduire aux personnes consacrées. Peut-être sa mission est-elle de s’assurer que nous ayons assez d’encre, assez de souffle, et d’en donner.

 

Compter. C’est une opération que je n’aime pas beaucoup et à laquelle je résiste. Le nombre est parfois trompeur. La prière scoute, que j’ai souvent dite, demande la grâce pour « donner sans compter ».  Cependant, il y a les laissés-pour-compte, ceux pour qui le compte n’y est pas, le compte de la nourriture, de la protection sociale, du toit tout simplement, du travail, le compte de la patrie, le compte de l’amour. Dans ce domaine, vous savez que vous pouvez compter sur les communautés catholiques, pas seulement pour s’indigner mais aussi ou d’abord pour retrousser leurs manches. Je serai à leur côté, sans compter.

 

Votre présence en dit long sur vos relations avec le diocèse de Rouen et ses pasteurs, au premier rang desquels je tiens à saluer mon prédécesseur, Mgr Jean-Charles Descubes. Dans la presse locale, il a dit que, charentais, il était pudique. On peut cependant imaginer ce que représente la fin d’une telle mission. Jean-Charles, tu demeures évêque du diocèse de Rouen et je compte sur ta prière fraternelle, et aussi tes conseils que tu as commencé à me dispenser avec tact.

Soyez tous remerciés d’être présents ce soir et d’avoir participé à ce passage de témoin. Je compte aussi sur vous et vos conseils. Et, si vous le souhaitez, le diocèse sera heureux de votre présence dimanche dans la cathédrale après avoir couru 10 kms ou pas…

Bonne route à chacune, à chacun, dans sa mission…

 

Je vous remercie.