Célébration d’inauguration du ministère pastoral de Mgr Dominique Lebrun Dimanche 11 octobre 2015 Cathédrale Notre-Dame de Rouen

Célébration d’inauguration
du ministère pastoral
de Mgr Dominique Lebrun

Dimanche 11 octobre 2015
Cathédrale Notre-Dame de Rouen

Monition d’ouverture

homélies 1 inaugurationFrères et sœurs, dans l’Evangile, « La Paix soit avec vous », est la salutation de Jésus ressuscité. Il l’adresse à ses disciples et à ses amis : à Marie-Madeleine et à d’autres femmes, aux apôtres, pêcheurs au bord du lac, à des disciples qui s’éloignaient … oui, que la paix qui vient de Dieu soit sur vous tous, fidèles, personnes consacrées, famille, amis, diacres, prêtres, évêques, représentants de la société civile, membres d’autres Eglises ou communautés ecclésiales, amis confessant le Dieu unique. Frères et sœurs, quelques soient vos doutes, vos interrogations, vos inquiétudes d’aujourd’hui, oui que la paix soit avec vous. Soyons dans la joie d’être réunis sous les voûtes de cette magnifique cathédrale ; soyons surtout à l’écoute de ce que le Seigneur voudra dire à nos cœurs, espace encore plus beau, où Dieu vient doucement nous parler.

Faisons silence quelques-instants.

Homélie

Viens ! Viens, suis-moi ! (Mc 10, 21)

Frères et sœurs, cet appel de Jésus résonne fort. Le Pape François, par la voix du Nonce, me demande de me déplacer : Viens ! De quel déplacement s’agit-il ? Pas seulement du sud vers le nord, de la Loire à la Seine, d’une province à une autre, si j’ai bien compris, d’un département où il pleut à un autre où il pleut moins.

Il s’agit de mieux ! Accueillons ce dialogue de l’Evangile. La première question est claire : « Bon maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? » L’homme n’a pas de nom. Est-ce moi ? Est-ce vous ? Probablement toute l’humanité. Adam et Eve ont bien reçu la vie éternelle, c’est-à-dire la vie divine, la vie d’amour infini. Mais ils ne le savent plus. Quelque chose est cassée. Cependant, au fond de tout homme git cet appel, prêt à ressurgir : que dois-je faire pour avoir à nouveau l’amour infini, ne plus être inquiet, perdu, errant ?

Comme souvent, pour ne pas dire toujours, Jésus ne répond pas directement à la question. Il interroge : « pourquoi m’appelles-tu bon ? Dieu seul est bon » (Mc 10, 18). Jésus cherche à ouvrir les yeux du fils d’Adam. Celui-ci est tourné vers son désir. Fait-il vraiment attention à Celui à qui il pose la question, à celui est en face de lui, apparemment un autre fils d’Adam ?

Premier déplacement : Dominique, tu as des désirs en revenant à Rouen ; frères et sœurs, vous avez des désirs, de bons désirs, pour votre nouvel évêque sans doute mais pas seulement, j’espère ! Mais sommes-nous en face de notre Maître et Seigneur ? Cet après-midi, nous sommes venus à la rencontre les uns des autres, découvrir un visage nouveau, des visages. Notre cœur est-il en face de notre Dieu fait homme, prêt à entendre son appel, à découvrir son visage, son regard ?

Jésus semble rassurer : « tu connais les commandements » (Mc 10, 19). Curieusement, Jésus omet les premiers commandements envers Dieu. Jésus prépare notre homme à la rencontre avec le Fils de Dieu, Dieu lui-même, caché en Jésus, par un autre chemin que celui des commandements.

Nouveau déplacement : Dieu ne se trouve pas dans l’observance des commandements. « Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima » (Mc 10, 21). Etre aimés, être aimés au point d’être attirés, décentrés de nous-mêmes. Se laisser regarder par Jésus. Le regarder à notre tour, pour l’écouter, écouter sa Parole, la force de la Parole comme nous aimons le chanter, la Parole « énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants » (He 4, 12).

En entrant dans la cathédrale, vos regards et vos voix m’ont impressionné ; l’ai-je été autant en embrassant le Crucifix, le livre de la Parole, et l’autel ? Frères et sœurs, Jésus vous regarde et vous aime. Il vous parle, il vous attire. Sommes-nous prêts à la rencontre, dans quelques minutes, de Jésus Eucharistie ? Il nous attire à son Père, nous arrache au Mal par le sacrifice de la croix à nouveau présent. Il nous redonne le sens de notre vie. Mais non pas par force mais par amour, en allant au fond même de notre humanité, par la mort sur la croix.

« Viens, et suis-moi ». Avant de prononcer l’appel, Jésus enjoint de vendre pour donner aux pauvres. N’oublions pas : pour donner aux pauvres, c’est-à-dire pour donner à ceux qui sont volés, dit le Pape François à la suite des Pères de l’Eglise. Nous retrouvons nos commandements, en passant par l’amour de Dieu. Oui, tu ne voleras pas prend un autre sens quand nous sommes entre Dieu et les plus pauvres. Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne tueras pas aussi. Sommes-nous fidèles à l’amour de Dieu, si nous érigeons notre pays, notre Europe ou notre occident comme seul digne d’un niveau de vie que nous jugeons élevé ? Sommes-nous indemnes des morts de la méditerranée ou du tunnel sous la manche si nous tentons de mettre à l’abri notre eldorado ; sommes-nous indemnes de tant de petits d’homme qui ne voient pas le jour dont on ne perçoit même plus que leur vie est la plus fragile ?

« Viens, et suis-moi » résonne tout au long de l’Evangile comme une parole d’amitié et de salut, une parole qui déplace. Refuser de se déplacer avec Jésus, c’est prendre le risque de la tristesse : « Il s’en alla tout triste car il avait de grands biens ».

Dans l’Evangile l’appel de Jésus à le suivre est constant :

–          « Venez et voyez » (Jn 1, 39), dit-il à ceux qui cherchent Dieu ;

–          « Venez à moi vous tous qui peinez … » (Mt 11, 28) oui, vous qui souffrez, Jésus vous appelle mystérieusement, à le rejoindre dans sa passion d’amour ;

–          « Venez les bénis de mon Père … » (Mt 25, 34) oui, vous qui vous dépensez pour la justice, Jésus vous appelle et vous récompense ;

–          « Venez à l’écart … » Mc 6, 31) oui, vous qui consacrez votre vie à Dieu, Jésus vous appelle dans son intimité avec le Père ;

–          « Venez aux Noces préparés pour tous … » (Mt 22, 4) oui, vous qui fondez un foyer icône de la famille de Dieu, Jésus vous appelle ;

–          « Venez déjeuner » (Jn 21, 12), dit enfin Jésus Ressuscité en préfiguration de l’Eucharistie.

Frères et sœurs, que résonne dans vos familles, dans vos villages, dans vos villes, sur vos côtes, cette parole de Jésus : « Viens, suis-moi » ! Qu’elle résonne dans vos cœurs ! Puisse l’année de la vocation réveiller l’appel entendu depuis notre baptême ; puisse-t-elle aussi faire de nos vies des appels pour les plus loin ou les plus jeunes : « Viens, suis-moi ! ».

Chers jeunes présents dans notre cathédrale, si vous commencez à entendre dans votre cœur, l’appel à consacrer votre vie à Dieu, au service de l’Eglise et du monde, sachez que la route est belle, surprenante, ouverte à la vraie joie. Dans quelques années, l’Eglise de Rouen aura besoin d’un autre successeur des apôtres ! Et déjà, elle a besoin de prêtres, de diacres, de religieux, de religieuses, de vierges consacrées pour que plus personne ne s’en aille triste, errant, perdu.

« Viens, suis-moi ! »

✠  Dominique Lebrun
Archevêque de Rouen

 

Après la communion l’archevêque s’adresse à l’assemblée

Permettez-moi de commencer par dire au-revoir aux stéphanois. Ils ont essayé de me former, parfois de me réformer. Je leur dois beaucoup, à commencer par l’amitié qui les caractérise, faite de bienveillance et de simplicité. Merci de m’avoir accompagné en ces jours de transfert, hors période du mercato, sans argent, sans bonus prévisible ! Je vous garde dans mon cœur et ma prière. La porte de l’archevêché est ouverte …

Merci à vous, Mgr Luigi Ventura, Nonce apostolique, pour la mission que vous accomplissez auprès de l’Etat français et auprès de nous, au nom du Saint-Père. Vous n’êtes pas un agent de joueur professionnel mais un serviteur de la communion entre nos Eglises. Merci d’être aussi un conseiller discret, efficace et respectueux de nos missions et de nos personnalités.

Merci à mes frères évêques, ceux de la province et au-delà, de s’être rendus disponibles pour célébrer ensemble le Seigneur, notre bon pasteur, au début de mon ministère pastoral à Rouen. Merci aux secrétaires généraux de la Conférence, précieux collaborateurs. Merci en particulier à mon frère et voisin Jean-Luc Brunin, évêque du Havre. Participant au Synode à Rome, il est venu tout exprès. Tu peux assurer les Pères du Synode de notre prière constante pendant ces semaines. Je vous invite d’ailleurs tous à dire chaque soir un « Je vous salue Marie » et une invocation à St Joseph pour le Synode, sans oublier l’Esprit Saint.

Merci à ma famille, en particulier Maman, tante Guite, tante Annie, en pèlerinage en terre normande. Qui aurait pensé en la quittant à huit ans que j’y reviendrai ? Louis, te souviens-tu du geste que tu as accompli en montant dans le 2 CV familial au moment de partir pour la région parisienne il y a exactement 50 ans : tu avais embrassé la terre, plus exactement le trottoir. Alors, je t’avais imité par jeu, sans doute à cause de mon admiration qui n’a cessé depuis. J’ai fait ce geste d’embrasser la terre en entrant dans la cathédrale. St Jean-Paul II nous a appris, par ce geste, à  reconnaître dans toute terre une terre sainte. Je suis heureux que cette célébration ait lieu au jour de St Nicaise et ses compagnons, premiers évangélisateurs de la Normandie, et au jour de St Jean XXIII. Dimanche, je me rendrai à la canonisation des époux normand Louis et Zélie Martin.

A ma famille, j’associe sans peine les amis venus de Saint-Denis et d’ailleurs. Ils savent ce que je dois à leur amitié. Leur présence fidèle me touche. Il y a les amis de classe, ceux des études et des engagements, entre autres au MJCF. Il y a aussi les amis prêtres et les fidèles dans les divers lieux où j’ai exercé ma mission de prêtre, ceux qui m’ont conduit dans les pays du moyen orient.

Merci à vous Eglise de Rouen. Votre évêque émérite a souhaité être le plus discret possible aujourd’hui. Il m’a prodigué quelques précieux conseils, et je compte sur sa prière vigilante. Merci à vous communautés, prêtres, diacres, personnes consacrées ou fidèles qui êtes présents, à ceux qui le sont par RCF Haute-Normandie, à ceux qui m’ont écrit et à qui je crains de ne pouvoir répondre personnellement.  Le changement d’évêque n’est pas une mince affaire ; je mesure l’énergie spirituelle et matérielle déployée. Un immense merci pour votre accueil si gentil et efficace. Il me faudrait citer tous ceux qui travaillent ou donnent de leur temps à l’archevêché, au centre diocésain, à la cathédrale –je pense à ceux qui ont préparé et mis en œuvre cette célébration- ; et je rends grâce pour ceux qui, dans les paroisses, les services, les aumôneries, les mouvements, les associations, les établissements catholiques font vivre aujourd’hui l’Evangile, simplement, discrètement, ce n’est pas le moins important.

Le Père Philippe Maheut était vicaire général. Il l’est à nouveau à compter de ce jour. Je le remercie de sa disponibilité, et de bien vouloir commencer sa mission dès maintenant.

Le Père Maheut annonce les nominations des membres du conseil épiscopal et confirme les dispositions prises pour l’année de la vocation liée à celle de la miséricorde.

L’Eglise n’a pas d’autre raison d’être que la mission confiée par Jésus pour le monde ; Sa mission, c’est l’évangile pour tous, l’amitié de Dieu pour tous ; merci à vous, Madame la Ministre, Mesdames et messieurs les parlementaires, vous les élus du département et de la ville, les représentants du monde de la culture, du corps consulaire, de la justice, de l’armée, de la santé … votre présence manifeste que les hommes et les femmes de notre temps ne sont pas indifférents à l’Eglise catholique et à ce qu’elle offre. Avec vous, nous pensons aux personnes les plus démunies de notre société. Elles doivent être notre priorité.

Frères et sœurs, c’est par la Vierge Marie que Dieu a rejoint le monde dans la pauvreté de notre humanité. Je prendrai le temps de lui confier mon ministère parmi vous mais, dès à présent, prions Marie, patronne de notre diocèse. Avec elle, je partirai à la découverte de votre, pardon de notre territoire, urbain, rural, maritime, dans la joie d’être envoyé par Jésus, d’être envoyé avec vous pour tous.

✠  Dominique Lebrun
Archevêque de Rouen.

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