Homélie des Vêpres de la Toussaint – 1° novembre 2016

Homélie Vêpres de la Toussaint

Cathédrale Notre-Dame de Rouen – 1er novembre 2016

 

Lecture : 2 Co 6, 16b ; 7, 1.

Frères et sœurs,

En ce jour de la Toussaint, nous goûtons les prémices de l’amour universel de Dieu. Des hommes et des femmes, bien plus nombreux que les jours d’une année, sont entrés dans l’amour sans fin de notre Dieu, Père, Fils et Esprit Saint.

« Je vis une foule immense … » dit la première antienne, reprenant la première lecture de la fête. Mais voilà, « Dieu les a mis à l’épreuve », dit la seconde antienne tout en poursuivant : « et les a trouvés fidèles, il leur a donné la gloire du Royaume ».

Frères et sœurs, aucune personne humaine n’arrête l’amour de Dieu. Seul, le péché, le péché persistant, mon péché pourrait l’empêcher, semble-t-il, de poursuivre son chemin. Mais Dieu se laisse-t-il arrêté par notre péché ?

« Par ton sang, Seigneur Jésus, tu nous as rachetés pour Dieu », dit la troisième antienne. Oui, Dieu ne se retire pas devant notre péché. Au contraire : « au milieu d’eux, j’habiterai et je marcherai, je serai leur Dieu et ils seront mon peuple » (2 Co 6, 16).

Il m’est bien difficile d’exprimer ma profonde joie de voir parmi nous des hommes et des femmes qui se sont séparés, qui ont divorcé, et qui parfois vivent une nouvelle union. Vous avez patienté, tempêté parfois devant l’injustice de l’exclusion, ressentie plus ou moins, plutôt plus que moins. Je sais que vous ne voulez pas juger ceux qui vous ont rappelé l’indissolubilité comme on lance une pierre ; je sais que vous ne voulez pas juger ceux dont l’attitude vous a enfoncé un peu plus dans l’échec de la séparation ; je sais que vous ne souhaitez pas non plus que nous renoncions à la fidélité, base de l’amour et de la vie ; je sais que vous ne souhaitez pas que nous renoncions au mariage.

Ce soir, rendons grâce pour la miséricorde qui s’étend d’âge en âge (cf. Lc 1, 50), comme nous le chanterons tout à l’heure avec la Vierge Marie. Ensemble, qui que nous soyons, nous sommes sur le chemin de la sainteté. Que le chant du Magnificat habite toute notre Eglise si elle veut bien quitter sa superbe ou sa puissance. Dieu « renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles » (Lc 1, 52). Mais, il y a aussi une manière d’accuser l’Eglise qui n’est pas humble, une manière de réclamer qui n’est pas humble. Votre tendresse, votre manière douce de frapper à la porte conduit l’Eglise à être fidèle à la miséricorde du Seigneur, sans renoncer au chemin qui monte avec Jésus vers la Croix, sans renoncer au combat contre le Mal.

L’Eglise est ce peuple avec qui Jésus marche pour le sauver, un peuple saint toujours à convertir. L’Eglise est ce peuple à condition de considérer que Jésus marche avec l’humanité toute entière pour la sauver. Nos communautés veulent que vous ayez votre juste place dans ce pèlerinage. Personnes séparées, divorcées, remariées ou engagées dans une nouvelle union, vous avez pris un chemin singulier : un discernement personnel et pastoral vous est offert. Il a pour but de chercher avec vous cette juste place, les pas nouveaux à accomplir, pour vous comme pour les communautés. Les diverses manières de participer à l’Eucharistie font partie de ce discernement, en sont probablement le cœur. Après avoir longtemps réfléchi et prié, après avoir écouté l’Eglise, le Pape laisse à chacun et à chaque communauté, avec son pasteur, le soin de vivre ce discernement.

Je remercie les sept prêtres missionnaires diocésains de la miséricorde. Ils prennent le relais des missionnaires voulus par le Pape François pendant l’année sainte. Ils vous écouteront, partageront avec vous les paroles de Jésus, vous guideront. Puis, doucement mais fermement, les cœurs de nos communautés s’ouvriront plus grands. Vous n’y serez pas à l’étroit (cf. 2 Co 6, 12).

Frères et sœurs, remercions l’Esprit Saint que la Vierge Marie, Reine des saints, a accueilli avec humilité, avec un peu de crainte et beaucoup de confiance. Elle, aussi, marche avec nous. Que Notre-Dame de Bonsecours aide notre Eglise de Rouen à se sanctifier dans la crainte de Dieu, comme Paul le demande aux disciples de Corinthe (2 Co 7, 1).

✠  Dominique  Lebrun

Archevêque de Rouen.

 

 

 

Fermer