Messe d’adieu aux morts isolés – 18 novembre 2017 – Paroisse Saint-Marc de Rouen Est (église Saint-Vivien)

Messe d’adieu aux morts isolés
Samedi 18 novembre 2017
Paroisse Saint-Marc de Rouen Est (église Saint-Vivien)

Monition

Merci de nous accueillir ainsi, cher Léon, cher Yann, chers amis de l’Association Rouennaise pour l’Adieu aux Morts Isolés. « J’ai tenté d’être un homme, je suis ton enfant » (poème de Jacques Leclercq lu par Yann au début de la célébration) ! Belle expression qui s’applique sans doute à nous tous, à toute notre humanité. Vous accompagnez cette humanité jusqu’au bout, jusque dans sa mort.

Nous voulons ce matin poursuivre notre prière pour ces hommes et ces femmes qui meurent dans la solitude, en respectant leurs convictions ; je salue parmi vous ceux et celles qui se joignent à la célébration chrétienne par amitié et reconnaissance, même s’ils n’en partagent pas la foi. Votre présence est importante et encourageante.

Nous rendons grâce à Dieu pour les soignants du CHU, les membres des foyers, les voisins ou amis, l’aumônerie de la prison, l’aumônerie des gens de la rue, bien sûr. Vous avez souvent accompagné les personnes défuntes dans leurs derniers moments sur cette terre, vous associant à l’ARAMI pour la célébration des obsèques.

Lectures de la messe : Lecture du livre de la Sagesse (18, 14-16 ; 19, 6-9) ; Psaume 104 ; Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (18, 1-8)

Homélie

« Prier sans se décourager » (Lc 18, 1).

Frères et sœurs, Jésus demande à ses disciples de prier sans se décourager. Cela est bien à propos ce matin. Car il peut y avoir de quoi se décourager. Nous préférerions tous, citoyen, croyants ou non-croyants, et élus, que l’ARAMI n’existât pas. Jésus vous encourage ce matin à continuer à entourer les personnes qui meurent isolées. Il encourage ses disciples à prier pour elles.

Si Jésus encourage ses disciples, c’est parce qu’il sait qu’il y a matière à découragement. Peut-être même a-t-il éprouvé lui-même la tentation de se décourager. Chaque être humain a dans son cœur un tel désir d’amour, a un « cœur merveilleux » (poème de Jacques Leclercq) ! Qu’en fait-il ? Qu’en faisons-nous ?

La parabole que Jésus choisit pour encourager ses disciples comprend deux personnages. Ils ne sont pas choisis au hasard. Il y a un juge et une veuve.

Le juge représente la réparation contre l’injustice. Nous sommes ici ce matin à cause de l’injustice des hommes. Personne ne mérite de mourir dans la rue ou isolés. Qui peut contester que c’est le fruit de notre péché ? Cela dure. Comment faire ? Le croyant peut même interpeller Dieu : Que fais-tu ? Pourquoi nous laisses-tu nous fourvoyer ? Il n’est pas impossible que cette interpellation, apparemment sans réponse, engendre l’incroyance. Autant que vous puissiez le savoir, un bon nombre de ceux pour qui nous prions se disaient non-croyants. Ne souffraient-ils pas de trop d’injustice ?

Le juge finira par entendre la prière, dit Jésus. Un chrétien du IIème siècle dit que Dieu n’exauce pas tout de suite, car sinon notre prière deviendrait un marchandage, nous serions comme au marché : une prière contre notre désir comme on échange une monnaie contre une salade. C’est une tentation du croyant : croire qu’en récitant des prières, il obtiendra ce que lui, le croyant, a décidé.

La veuve n’est pas choisie par hasard. Nous ne savons pas de quelle injustice elle est victime. Nous savons seulement qu’elle est veuve, c’est-à-dire qu’elle a perdu l’amour de sa vie. Elle représente notre humanité en recherche de l’amour perdu. Nous quittons le domaine de la pure justice pour entrer dans celui de l’attente d’amour.

Rien ne vous oblige à rendre justice aux morts isolés sinon l’amour. Il est heureux qu’il en soit ainsi, que vous ne soyez pas un bureau d’une administration mais des volontaires mus par l’amour.

Frères et sœurs, nous avons nos devoirs, nos injustices à combattre. Seul l’amour vient à bout réellement de l’injustice car la véritable injustice est le manque d’amour.

Ce matin, demandons à Dieu l’amour éternel pour nos amis défunts, demandons la joie de l’amour pour combattre avec Dieu l’injustice de notre humanité.

✠ Dominique Lebrun
Archevêque de Rouen.

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