Le diocèse

Cathédrale Notre-Dame de Rouen

Cathédrale Notre-Dame de Rouen

Résumé historique

   Une tradition veut que le Vexin soit evangélisé par saint Nicaise et ses compagnons martyrisés sur les bords de l’Epte avant d’atteindre Rouen, capitale de la cité romaine des Véliocasses, puis de la IIe Lyonnaise. Le premier titulaire du siège épiscopal serait donc saint Mellon vers l’an 300.

De ses origines l’Eglise de Rouen garde également la mémoire de saint Victrice (326-406) auteur du « De laude sanctorum » à l’occasion de la réception des reliques des saints Gervais et Protais, de saint Romain (628-639), patron de la ville de Rouen et de saint Ouen (639-684).

Un décret du pape Calixte III au XVe siècle, reconnaît à l’archevêque de Rouen le titre de primat de Normandie.

Jusqu’à la révolution française, le diocèse s’étend sur la rive gauche de la Seine jusqu’à l’abbaye du Bec et englobe le Vexin jusqu’à Pontoise sur la rive droite.

Avec le concordat, les limites du diocèse de Rouen s’identifient à celles du département de la Seine Maritime jusqu’à ce que, correspondant à peu près à l’arrondissement civil, soit créé le diocèse du Havre en 1974.

Saint Romain, patron de la ville de Rouen

Comment Romain est devenu patron de Rouen

saint Romain aid+® de son compagnon, un prisonnier, capture le dragon avec son +®tole - -® Editions Point de vuesComme pour une douzaine d’autres évêques de Rouen entre le 4ième et le 8ième siècles, c’est d’abord sa vie qui en fait un saint.
Mais la vénération grandit au cours du 10ième siècle. Pendant les invasions normandes, alors que les reliques étaient mises à l’abri dans d’autres villes, le corps de Romain est transporté de l’église hors les murs où il se trouvait, à l’intérieur des murailles.
Sans doute le fait qu’il n’a pas « déserté » a-t-il compté lorsque la paix est revenue : les reliques sont alors reconnues par les autorités religieuses et placées dans l’église qui porte le nom du saint.
Aux alentours de cette église se tient tous les ans à partir des années 1030 la foire saint Romain, fête à la fois religieuse et commerciale, dans laquelle on peut voir l’ancêtre de notre foire saint Romain.
L’influence du saint grandissant, on ramène ses reliques vers 1090 dans la cathédrale romane récemment consacrée.

Origine de la légende de la gargouille

Autour de tous les saints, la piété populaire construit des histoires qui témoignent de la confiance des hommes dans leur pouvoir libérateur et protecteur.
La gargouille vaincue par saint Romain n’échappe pas à la règle. Mais l’anecdote n’apparaît qu’en début du 14ième siècle et on peut penser qu’on cherche à justifier un privilège qu’avait le chapitre de la cathédrale : le jour de l’Ascension, l’ensemble des chanoines avait le droit de délivrer un prisonnier convaincu d’un crime de sang non prémédité. Après qu’il avait porté les reliques de saint Romain, il était libre.
En 1541, on construisit même un édifice au premier étage duquel le prisonnier présentait les reliques à la foule. C’est la Fierte saint Romain, encore visible près de la Halle aux Toiles. Le privilège et la procession se perpétuèrent jusqu’à la Révolution.

Qui était Romain ?

Issu d’une famille aristocratique gallo-romaine, Romain est éduqué à la cour du roi mérovingien Clotaire II, puis choisi par lui pour être évêque de Rouen en 626.
Bien accueilli dans le diocèse, il mène une vie de prière et de jeûne vouée à la poursuite de l’évangélisation jusqu’à sa mort vers 639.

Saint Romain, un inconnu célèbre

Évêque de Rouen durant une douzaine d’années, de 626 à 639 environ, la chronologie n’est pas sûre, – entre Hidulphe et Andoenus, notre saint Ouen, la vie de Romain est bien mal connue.

Sa plus ancienne biographie, fin du VII s., ne fait l’objet que de quelques citations. Une autre, en vers latins, rédigée d’après la première, ne sera redécouverte qu’au XVIIIè s. entre les X et XIIè s., plusieurs récits de sa vie et de ses miracles seront compilés, à Soissons et à Rouen, d’après les œuvres précédentes.L’ensemble a fourni une série d’images propres à illustrer notamment les quadrilobes du portail de la Calende à la cathédrale vers la fin du XIIIè s. et, plus tard, les vitraux justement célèbres du transept (baies 28 et 30).

Ces scènes n’offrent dans leurs sujets qu’une originalité limitée. On les retrouve dans de nombreuses vies de saints ou dans la Bible : naissance inespérée chez un couple d’âge avancé, issu ici de l’aristocratie gallo-romaine ; éducation à la cour du roi mérovingien, ici Clovis II, en un temps où les souverains choisissent les évêques ; il en est de nombreux autres exemples. C’est un vieillard inspiré qui désigne Romain à qui le souverain remet son bâton pastoral. Bien accueilli dans son diocèse Romain poursuit l’évangélisation, détruit des temples encore fréquentés, célèbre pieusement la messe et préside la liturgie de sa cathédrale : miracle de l’ampoule de Saint chrême brisée et reconstituée à sa prière. Il prend le temps de l’oraison dans la solitude et résiste à la tentation comme saint Benoît.

En un temps où la sainteté se reconnaît à une vie ascétique de prière et de jeûne vouée à la poursuite de l’évangélisation des villes et des campagnes, la vox populi porte Romain au nombre de la douzaine de saints reconnus parmi les premiers évêques de Rouen du IV au VIIIè s

Saint Romain, patron de la ville de Rouen

Son culte se développe essentiellement au XIè s. A sa mort, vers 639, Romain est inhumé hors les murs selon la coutume, probablement dans une basilique funéraire élevée pour l’occasion. Ses restes reposent dans un sarcophage de marbre rouge, – peut-être un réemploi, – qui sera longtemps conservé dans la crypte d’une église plusieurs fois détruite, reconstruite et remaniée. Elle est de nos jours dédiée à Saint Godard.

Au temps des invasions normandes, alors que la plupart des reliques conservées à Rouen sont mises à l’abri, – les restes de Saint Godard et le  » chef « de Saint Romain partent pour Saint Médard de Soissons, – le corps de Romain est transporté à l’intérieur des murailles de Rouen. On le conserve sans doute dans une chapelle du palais archiépiscopal, proche des murs, du côté du Robec et des marais du  » Malpalu « . C’est le secteur inondable de la périphérie urbaine mais à une altitude que les débordements les plus menaçants n’atteignent guère. Romain y gagne la réputation de les arrêter. Le fait que, par ailleurs, il n’ait pas  » déserté  » semble être pour beaucoup dans sa désignation comme patron de la ville et du diocèse.

Au cours du Xè s. le calme revenu dans la  » Normandie  » ducale, les restes de Romain réintègrent leur sarcophage dans leur église hors les murs. Cette église qui dépend directement de la Cathédrale porte alors son nom. Elle devient le centre d’un pèlerinage important que les miracles rapportés dans un ouvrage rédigé sous l’épiscopat de Robert (989 – 1037) illustrent encore davantage. Tout ceci aboutit, en mai 1036, à une procédure de reconnaissance officielle des reliques en présence de l’Archevêque Robert et de Gradulphe abbé de Saint Wandrille. Le procès-verbal officiel est déposé dans le reliquaire.

A l’occasion de la vénération annuelle des reliques du saint évêque se déroule, dès les années 1030 semble-t-il, sur les terrains encore peu construits des environs de l’église, une fête populaire cumulant le  » Pardon  » au sens religieux, les réjouissances et bientôt les affaires. Pour cette  » Foire  » saint Romain – le mot dérive de feria, la fête, – on a même semble-t-il battu monnaie pour l’occasion. Au nord de la ville le  » champ du  pardon  » en garde la mémoire.

Dans le même temps, l’abbé de Saint Ouen qui a rapatrié les reliques de son patron agit de même. L’abbaye vient de s’affranchir de la tutelle de l’archevêque et entreprend la construction d’une grande basilique romane.

Peu avant 1090, l’archevêque Guillaume Bonne-Ame (1079-1110) décide de transférer à la cathédrale les reliques de Saint Romain. Il s’agit sans doute de ramener le pèlerinage au cœur de la cité dans une église plus vaste, – la cathédrale romane a été consacrée en 1063, – pour accueillir les fidèles.

En échange Guillaume institue une procession annuelle avec station dans l’ancienne église Saint Romain. Elle prendra le nom de Saint Godard qui passait alors pour y avoir été inhumé également une centaine d’années avant Romain.

La cathédrale devient donc le centre du culte de Saint Romain ce qui renforce le renom du patron du diocèse. On y accueillera en 1140, le chef du saint évêque enfin restitué par l’Abbé de Saint Médard de Soissons.

Un miracle populaire

Il n’a pas été question jusqu’ici du fameux miracle de la gargouille. C’est qu’il n’apparaît que fort tardivement dans la biographie de Romain. C’est dans le vitrail dédié à Romain dans le chœur flambant neuf de l’abbatiale de Saint Ouen que le monstre est signalé pour la première fois. Nous sommes dans la première moitié du XIVè s. Les bas-reliefs du portail de la Calende, sculptés entre 1260 et 1290 et consacrés à la vie de Romain, n’en disent rien.L’épisode est lié au privilège régalien que le chapitre de la cathédrale va revendiquer avec une belle persévérance jusqu’à ce que Georges II d’Amboise en obtienne confirmation définitive.

La première mention qu’on en trouve remonte à 1210. On délivrait, le jour de l’Ascension, à la demande du chapitre, un prisonnier convaincu de crime de sang non prémédité. Après qu’il ait, à la procession de l’après-midi  » levé la fierté », la châsse de Saint Romain qu’il portait pour l’exposer à la vénération de la foule, il était libre. En 1541, on construisit même, devant la halle aux toiles, un édifice spécialement adapté à cette manifestation.

Contestée dès 1210 par le gouverneur de la ville garant de l’intégrité du pouvoir royal, des témoins attestent l’existence de cette pratique du temps des ducs-rois.

Cette délivrance à l’occasion de la fête de l’Ascension semble s’enraciner dans l’affirmation du symbole des apôtres selon lequel le Christ est  » descendu aux enfers  » pour délivrer les hommes morts avant lui. Selon l’iconographie de l’Anastasis, l’enfer, figuré par un monstre gueule ouverte qui happe jusque là l’humanité est détruit. A la façon d’un épieu la Croix du Christ vainqueur de la mort cloue définitivement le monstre, gardien des portes, jetées au sol. Le prisonnier libéré et l’affreuse gargouille enchaînée étaient l’expression populaire de cette affirmation théologique. Le culte de saint Romain en bénéficia.

Confirmé sous Charles VI en 1394 dans un texte qui mentionne la gargouille pour la première fois, le privilège est validé à nouveau en 1425 par Henri VI d’Angleterre sous le régent Bedford et finalement, en 1512, sous Georges II d’Amboise par Louis XII qui n’avait rien à refuser au neveu de son ami Georges 1er. Il devait se perpétuer jusqu’en 1790.

Ainsi s’explique la dissociation entre cette procession solennelle du jour de l’Ascension et le 23 octobre, date de la Saint Romain, fixée sans doute pour célébrer le transfert de ses reliques à la Cathédrale à la fin du XIè s. Disparues à la Révolution, il ne reste plus rien de tangible du saint patron de Rouen hormis le sarcophage, enlevé en 1904 de la crypte de Saint Godard alors désaffectée. Il sera transféré dans l’ancienne église des Carmes déchaussés devenue église paroissiale sous le titre de Saint Romain.

L.R. Delsalle