26 mai : Disputatio (dans le cadre des Fêtes Jeanne d’Arc)

Cathédrale Notre-Dame

 Dans le cadre des Fêtes Jeanne d’Arc, Disputatio à la cathédrale Notre-Dame
Vendredi 26 mai 20h.

Thème : « Peut-on encore transmettre ? »

avec le professeur Philippe Meirieu, enseignant-chercheur en sciences de l’Education, inspirateur d’un certain nombre de réformes de l’Éducation
et le professeur Jean-Noël Dumont, agrégé de philosophie, enseignant en classes préparatoires, conférencier et membre de l’Académie Catholique

Cette question traverse l’ensemble de notre société, les familles, les religions. Et elle prend un caractère particulièrement fort à l’école. Le présent et l’immédiateté priment, et la technologie offre l’accès à une infinité de savoirs. Dès lors, quel héritage transmettre encore aux jeunes générations ? Et surtout comment ?

Philippe Meirieu et Jean-Noël Dumont ont longuement réfléchi et travaillé ce sujet.

Pour le premier, il s’agit d’abord de mettre l’élève au centre, et de s’interroger sur les conditions de réception du savoir, sans hésiter à mettre en œuvre une « pédagogie différenciée ». L’adulte est celui qui accompagne, qui doit aider l’enfant à se découvrir lui-même en découvrant ses aptitudes. Pour l’enseignant, cela signifie que, plus encore que le contenu, ce sont les méthodes qui comptent.

Pour le second, l’adulte doit reprendre ses responsabilités. Il n’est pas là pour déstabiliser l’enfant mais pour le rassurer par une autorité bienveillante. Et la société ne doit plus renoncer à la transmission d’un héritage commun qui fait autorité.

De nos deux intervenants, nous attendons qu’ils nous disent où ils en sont de cette question de la transmission :

-Dans le cadre scolaire, trente ans de réformes ont-ils modifié la manière d’enseigner aujourd’hui ? Ont-elles vraiment mis à mal la transmission ?

-Aujourd’hui où l’on parle de plus en plus d’éducation à la morale « républicaine », quelle forme doit-elle prendre ?

-Et la famille ? Que devient-elle ? Lui laisse-t-on encore un rôle dans la transmission ?

-Et l’Eglise ? Se trouve-t-elle déstabilisée (ses valeurs sont relativisées) ou rappelée à l’essentiel (elle se recentre sur le message du Christ) ?

De leur rencontre, au sein de la Disputatio, nous attendons donc qu’ils nous tracent, si c’est encore possible, les nouveaux chemins de la transmission.

Les deux conférenciers sont auteurs de nombreux ouvrages et conférences sur le sujet :

Jean-Noël Dumont : Exercices de liberté, J.N. Dumont, Le Collège Supérieur, 2015 ; Conférence de Carême 2011 à Notre-Dame de Fourvière « l’Education ou l’âme révélée », Parole et Silence, 2011 ; L’Education à l’âge du gender, collectif, Salvator, 2013…

Philippe Meirieu : Comment aider nos enfants à réussir, Bayard Culture, 2015 ; Lettre à un jeune professeur, ESF, 2015 ; Pédagogie : le devoir de résister, ESF, 2007

Déroulement

La Disputatio commence par le tirage au sort de l’ordre de prise de parole des deux intervenants. Chacun dispose alors de vingt minutes pour répondre à la question posée en apportant ses arguments. S’en suit un débat contradictoire de trente minutes avant que les deux débatteurs ne soient invités à conclure dans l’ordre inverse du tirage initial.

L’origine de la Disputatio

La « disputatio » qui aura lieu le 26 mai prochain entend renouer, à quelques huit siècles de distance, avec la pratique des disputes universitaires et des controverses publiques qui enchantèrent le Moyen Âge. Au Moyen Âge, la Disputatio était la forme propre de l’enseignement et de la recherche universitaires. Elle consistait en un débat dialectique entre plusieurs interlocuteurs, en général devant un auditoire. Le jour où une Disputatio devait se tenir, les cours étaient suspendus. Les bacheliers de la faculté ainsi que les étudiants du maître devaient y assister. Ce débat se déroulait en plusieurs étapes codifiées : le maître formulait la questio, un « opponens » présentait des objections, auquel un « respondens » (en général un bachelier) était chargé d’opposer des contre-arguments. Une fois l’ensemble des arguments épuisés, le maître avançait une solution argumentée appelée la « determinatio ». Celle-ci pouvait être réfutée. Le maître concluait alors plusieurs jours plus tard par un determinatio magistralis qui donnait lieu à un rapport écrit (la questio disputatio). Les Disputatio auxquelles prenaient part tous les maîtres et étudiants d’une faculté s’appelaient Disputatio magistrorum. Il pouvait exister des « Disputatio » plus solennelles, notamment pour sanctionner l’accession d’un étudiant au statut de maître. Néanmoins, c’était la Disputatio de quodlibet qui était la forme la plus solennelle. De telles disputes ne se tenaient qu’exceptionnellement dans l’année, voire tous les deux ou trois ans. Les maîtres d’une université se proposaient de répondre à toute question publique posée par l’assistance (quaestiones quodlibetales) dépassant pour la cause le cadre des seuls étudiants auxquels pouvaient se joindre des clercs de tous ordres ou des maîtres d’autres universités. La Disputatio orale disparaîtra progressivement au profit d’une domination absolue de l’écrit sur l’oral, la place du maître devenant écrasante par rapport à celle des étudiants.

Les 12 premières Disputatio dans la cathédrale Notre-Dame de Rouen

2004 : « Dieu existe-t-il encore ? » Avec M. André Comte-Sponville et le père Philippe Capelle-  Dumont.

2005 : « La vie est-elle sacrée ? » Avec M. Jean-Didier Vincent et M. Jacques Arnould.

2006 : « Le mal nie-t-il l’existence de Dieu ? » Avec M. Francis Wolff et le père Henri-Jérôme Gagey.

2007 : « Chrétiens et Musulmans ont-ils le même Dieu ? » Avec le Docteur Dalil Boubakeur et le père François Bousquet.

2008 : « La Mort est-elle une fin ? » Avec M. Dominique Trotignon et le Frère Thierry-Marie Courau.

2009 : « L’univers a-t-il un sens ? » Avec M. Jean Audouze et le père Thierry Magnin.

2010 : « Qu’est-ce que la vérité ? » Avec M. Fabrice Midal et M. Fabrice Hadjhadj.

2011 : « Homme, femme, quelle différence ? » Avec M. Eric Fassin et sœur Véronique Margron.

2012 : « Sommes-nous libres ? » Avec M. Henri Atlan et M. Bertrand Vergely.

2013 : « Qui nous fera voir le bonheur ? » Avec M. Christophe André et M. Matin Steffens.

2014 : « Peut-on croire à l’amour ? » Avec Mme Nathalie Sarthou-Lajus et M. Jean-Pierre Winter.

2015 : « La laïcité, une condition pour vivre ensemble ? » Avec Mgr Jean-Charles Descubes et M. Denis Pelletier.

2016 : « Savons-nous qui est l’homme ? » Avec Mme Marie-Jo Thiel et M. Jean-Michel Besnier

Biographies de MM. Meirieu et Dumont

Jean-Noël DumontJean-Noël Dumont est agrégé de philosophie à 23 ans, enseignant en classes préparatoires à Sainte-Marie Lyon. Il a toujours voulu que la philosophie ne reste pas dans la salle de classe. Cette conviction le conduit à réfléchir avec les acteurs de différents milieux : aussi bien dirigeants qu’enseignants, scientifiques que politiques, magistrats qu’infirmiers ou cuisiniers. Passionné d’éducation et agitateur de pensée, il aime partager ses réflexions notamment sur le sujet de la transmission. En 1970 il crée le centre Kierkegaard qui propose déjà d’ouvrir la philosophie à tout public, et en assure l’animation jusqu’en 1979. En 1999 il crée le Collège Supérieur, centre de réflexion et de formation au cœur de Lyon, ouvert à tous. Le Collège Supérieur s’appuie sur une pensée exigeante et éducative, avec une vraie recherche de sens. Par ailleurs, il participe au Comité d’Innovation de l’Institut Paul Bocuse, autour de grands chefs. Il donne également des conférences dans toute la France, principalement sur le thème de l’éducation ; il fait partie des intervenants réguliers de l’association « Les Apprentis philosophes » dans la Drôme et l’Isère. Il est engagé depuis 2010 au sein de l’Académie Catholique à Paris. En septembre 2011 il lance l’antenne régionale Sud-Est de cette académie. Il donne également des cours de philosophie au séminaire Saint-Irénée de Lyon depuis 5 ans. Jean-Noël Dumont anime cette année au Collège Supérieur un atelier de lecture sur Kierkegaard ainsi qu’un cycle de huit conférences sur l’affirmation de Dieu

 

 

 

Philippe MeirieuPhilippe Meirieu est né le 29 novembre 1949 à Alès dans le Gard, au sud de la France. Très tôt, il a milité dans des mouvements d’Education populaire. Il a fait, après un baccalauréat littéraire, des études de philosophie et de Lettres à Paris. Il a préparé et obtenu un CAP d’instituteur pour enseigner dans le premier degré. Il a été successivement professeur de français en collège et de philosophie en terminale, avant de prendre des responsabilités pédagogiques et administratives (directeur de l’Institut des sciences et pratique de l’éducation et de la formation de l’Université LUMIERE-Lyon2, directeur de l’Institut national de recherche pédagogique, directeur de l’Institut universitaire de formation des maîtres de l’Académie de Lyon). Tout au long de celles-ci, il a toujours conservé des charges d’enseignement auprès d’élèves et d’étudiants. Il a soutenu une thèse d’Etat ès Lettres et Sciences humaines en 1983 et est aujourd’hui professeur des universités émérite en sciences de l’éducation. A côté de ses engagements pédagogiques, il a été vice-président de la Région Rhône-Alpes délégué à la Formation tout au long de la vie de 2010 à 2015.